LavolontĂ© de repenser l'ordre social, l'amour de la nature, la promenade et la rĂȘverie, la passion de la musique, l'intĂ©rĂȘt pour l'Ă©ducation, le goĂ»t de la botanique : de trĂšs nombreux Ă©lĂ©ments relient George Sand Ă  Jean-Jacques Rousseau, dont la lecture a Ă©tĂ© dĂ©terminante dans sa formation, et qu'elle a souvent Ă©voquĂ© dans son oeuvre.
GEORGE SANDLettres retrouvĂ©esÉDITION ÉTABLIE, ANNOTÉE ET PRÉSENTÉE PAR THIERRY BODIN Gallimard – NRF, Paris, 2004, 498 p., 21 €. Lettres retrouvĂ©es rassemble quatre cent cinquante huit lettres inĂ©dites de George Sand, de 1825 c’est une jeune femme de vingt et un ans qui Ă©crit Ă  sa mĂšre jusqu’en 1876, quelques mois avant sa mort. À cĂŽtĂ© d’inconnus, d’éditeurs ou directeurs de revues, d’écrivains, de comĂ©diens et directeurs de théùtre, d’amis et familiers ou de parents, on trouve bien des noms illustres, comme Liszt, Marie Dorval, Heine, Ledru-Rollin, Delacroix, Custine, Lamartine, EugĂšne Sue, les Dumas pĂšre et fils, Louis Blanc. Tourgueniev, Marie d’Agoult, etc., mais aussi sa mĂšre, sa fille Solange, son compagnon Manceau ou son amie la cantatrice Pauline Viardot, Ă  qui elle explique longuement sa rupture avec Chopin. C’est un portrait attachant de George Sand qui se dessine Ă  travers ces lettres de toute une vie, depuis la jeune femme en butte aux rumeurs des bourgeois de La ChĂątre et la romanciĂšre dĂ©butante, jusqu’à l’écrivain illustre qui, Ă  la fin de sa vie, prĂ©pare l’édition de ses Ɠuvres complĂštes. On l’aura vue entre-temps gĂ©rer la maison et la terre de Nohant, planter son jardin, meubler ses divers domiciles, surveiller ses affaires, se passionner pour le théùtre, pour l’éducation du peuple. De nouveaux Ă©lĂ©ments sont donnĂ©s sur sa rupture avec Casimir Dudevant, son mari, sur ses liaisons avec Sandeau, MĂ©rimĂ©e, Musset, Chopin dont on lira une lettre inĂ©dite au retour de Majorque, sur ses relations difficiles avec sa fille, mais aussi son attachement Ă  sa famille et Ă  ses chĂšres petites-filles. Ces Lettres retrouvĂ©es sont autant de nouvelles touches qui apportent leur tribut Ă  la connaissance de la personnalitĂ© riche et complexe de George Sand.
GeorgeSand, lettre Ă  son fils Maurice, fin avril 1848. AprĂšs la difficile annĂ©e 1847 (rupture avec Chopin, difficultĂ©s du couple que forme sa fille Solange avec le sculpteur ClĂ©singer), 1848 est, Ă  plusieurs titres, une annĂ©e cruciale pour George Sand : elle vient de se mettre Ă  l’écriture de l ’Histoire de ma vie ; elle s’engage corps et Ăąme dans la rĂ©volution, et, aprĂšs le 04h11 , le 31 juillet 2016 , modifiĂ© Ă  10h25 , le 21 juin 2017 Femme de lettres et de tĂȘte, amante aux multiples conquĂȘtes et mĂšre attentionnĂ©e, muse de la rĂ©volution de fĂ©vrier 1848 et chroniqueuse subtile des sentiments les plus intimes... George Sand aura Ă©tĂ© toutes ces femmes, une et multiple, moderne avant l'heure, libre et obstinĂ©e. Une rebelle absolue et une scandaleuse avec pour seuls guides ses Ă©lans du cƓur et ses convictions d'Histoire retrace le parcours hors normes de la premiĂšre femme auteure de 70 livres Ă  travers un documentaire nourri de nombreuses interviews romanciers, historiens, journalistes, des extraits de tĂ©lĂ©films et des visites guidĂ©es dans les lieux de vie de l'Ă©crivaine. Le documentaire prĂ©sentĂ© par StĂ©phane Bern revient longuement sur la jeunesse de la jeune Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant. Une enfance Ă  la fois heureuse et accidentĂ©e, marquĂ©e par la mort de son pĂšre officier. AbandonnĂ©e par sa mĂšre, elle sera Ă©levĂ©e par une grand-mĂšre paternelle inconsolable. Au point d'appeler sa petite-fille "mon fils", et de lui accorder une libertĂ© alors rĂ©servĂ©e aux et cigarette, un look de scandaleuseC'est Ă  cette Ă©poque qu'elle rencontre la littĂ©rature et dĂ©vore la bibliothĂšque familiale. Avant de devenir George Sand la rebelle, qui appartenait Ă  un "troisiĂšme sexe", dixit Gustave Flaubert, Aurore Dupin aura Ă©tĂ© l'Ă©pouse modĂšle d'un notable qu'elle quittera assez vite, toujours guidĂ©e par ses dĂ©sirs d' son jeune amant Jules Sandeau, elle monte dans un Paris en pleine effervescence culturelle et commence Ă  Ă©crire ses premiers articles dans Le Figaro, anonymement comme toute femme Ă  l'Ă©poque. Elle accĂšde Ă  la notoriĂ©tĂ© en 1832, avec son premier roman, Indiana, signĂ© sous le nom George Sand empruntĂ© Ă  son amant de l'Ă©poque. Un livre-manifeste sur la condition fĂ©minine en France, pays oĂč le Code civil affirme que la femme est la propriĂ©tĂ© de l'homme "comme le fruitier est celle du jardinier". Sa carriĂšre est devient la protĂ©gĂ©e de Balzac et du tout-Paris fascinĂ© par cette petite femme d'un m aux yeux noirs, qui troque volontiers les robes inconfortables de l'Ă©poque contre une redingote noire, et enchaĂźne les aventures amoureuses avec Alfred de Musset, Chopin et tant d'autres... George Sand se comporte comme un homme, rompt quand la flamme s'Ă©teint pour la rallumer dans les bras d'un autre. Si elle a collectionnĂ© les aventures avec de grands artistes, le dernier homme de sa vie sera Alexandre Manceau, un ouvrier dĂ©cĂ©dĂ© Ă  47 ans d'une tuberculose, comme autre passion sera la politique. Elle sera de tous les combats pour la justice et l'Ă©quitĂ©, armĂ©e de sa plume, au point de devenir la muse de la rĂ©volution de 1848, puis de la Seconde RĂ©publique. George Sand fonde le journal La Cause du peuple, conseille Ledru-Rollin et Ă©crit ses discours, mais condamne la dĂ©cision d'envoyer l'armĂ©e pour mater la rĂ©volte populaire "Je ne crois pas Ă  une RĂ©publique qui tue ses prolĂ©taires", Ă©crira-t-elle depuis son refuge de Nohant, oĂč elle s'adonne avec passion Ă  la littĂ©rature, s'occupe de ses deux petites-filles et concocte des confitures... C'est lĂ , dans sa chambre bleue restĂ©e intacte, qu'elle tirera sa rĂ©vĂ©rence Ă  l'Ăąge de 72 d’Histoire George Sand, libre et passionnĂ©e, mardi Ă  20h55, France JDD papier ï»żGeorgesMatthieu Destenave, nĂ© le 17 mai 1854 Ă  Saint-Cricq-Villeneuve et mort le 23 dĂ©cembre 1928 Ă  Toulon, est un gĂ©nĂ©ral de brigade et un explorateur français.. Biographie. Il est nĂ© Ă  Saint-Cricq Villeneuve le 17 mai 1854.Il a Ă©pousĂ© Marie PhilomĂšne Maurice, veuve Guilleminot, le 26 septembre 1905.. EngagĂ© volontaire pour cinq ans Ă  Mont-de-Marsan le 30 octobre 1873 DescriptionGeorge SandNĂ©e le 1er juillet 1804 ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 Ă  71 ans ChĂąteau de NohantAlexandre Dumas Fils27 juillet 1824 ParisDĂ©cĂšs 27 novembre 1895 Ă  71 ans Marly le roiA partir de 1856, Alexandre Dumas fils appelle George Sand Maman. Et, elle, le rebaptise son fieux. C’est dire la proximitĂ© de l’auteur de La dame aux camĂ©lias avec la bonne dame de Nohant. Tout commence en 1851 quand Alexandre Dumas fils rapporte Ă  l’écrivaine ses lettres Ă  Chopin, qu’elle souhaite faire disparaĂźtre. Pendant vingt-cinq ans, ils vont se raconter leur quotidien, Ă©changer avis sur les Ɠuvres et rĂ©flexions sur l’actualitĂ©. Comme sur la Commune de Paris, saturnales de la plĂšbe aprĂšs celles de l’Empire pour George Sand. Des lettres d’Alexandre Dumas pĂšre et de son Ă©pouse Ida notamment enrichissent leurs propos. TĂ©moignage d’une Ă©poque, cette correspondance se rĂ©vĂšle aussi le rĂ©cit d’une amitiĂ© exceptionnelle, par-delĂ  les de George Sand ne cesse d’ĂȘtre réévaluĂ©e. Cette correspondance inĂ©dite avec son fils spirituel, Alexandre Dumas fils, est une nouvelle occasion de lire l’auteur d’Indiana. Et de dĂ©couvrir les dĂ©bats qui ont enflammĂ© la France des annĂ©es 1851-1876, racontĂ©s par deux des plus grandes figures littĂ©raires de l’ SandNĂ©e le 1er juillet 1804 ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 Ă  71 ans ChĂąteau de NohantAlexandre Dumas Fils27 juillet 1824 ParisDĂ©cĂšs 27 novembre 1895 Ă  71 ans Marly le roiA partir de 1856, Alexandre Dumas fils appelle George Sand Maman. Et, elle, le rebaptise son fieux. C’est dire la proximitĂ© de l’auteur de La dame aux camĂ©lias avec la bonne dame de Nohant. Tout commence en 1851 quand Alexandre Dumas fils rapporte Ă  l’écrivaine ses lettres Ă  Chopin, qu’elle souhaite faire disparaĂźtre. Pendant vingt-cinq ans, ils vont se raconter leur quotidien, Ă©changer avis sur les Ɠuvres et rĂ©flexions sur l’actualitĂ©. Comme sur la Commune de Paris, saturnales de la plĂšbe aprĂšs celles de l’Empire pour George Sand. Des lettres d’Alexandre Dumas pĂšre et de son Ă©pouse Ida notamment enrichissent leurs propos. TĂ©moignage d’une Ă©poque, cette correspondance se rĂ©vĂšle aussi le rĂ©cit d’une amitiĂ© exceptionnelle, par-delĂ  les de George Sand ne cesse d’ĂȘtre réévaluĂ©e. Cette correspondance inĂ©dite avec son fils spirituel, Alexandre Dumas fils, est une nouvelle occasion de lire l’auteur d’Indiana. Et de dĂ©couvrir les dĂ©bats qui ont enflammĂ© la France des annĂ©es 1851-1876, racontĂ©s par deux des plus grandes figures littĂ©raires de l’ may also likeAlphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin - Chapitre 23 - En Camargue - Yannick Debain..Alphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin - Chapitre 23 - En Camargue - 3 L'Espère - Yannick Debain..Alphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin -Chapitre 23 - En Camargue - 4 - Le Rouge et Le Blanc - Yannick DebainAlphonse Daudet -Lettres de Mon Moulin - Chapitre 17 - Les Trois Messes Basses - troisième épisode- yannick debainAlphonse Daudet - Lettres de Mon moulin - Les Trois Messes Basses- Chapitre 17 - 1er épisode. Yannick SandNĂ©e le 1er juillet 1804 ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 Ă  71 ans ChĂąteau de NohantAlexandre Dumas Fils27 juillet 1824 ParisDĂ©cĂšs 27 novembre 1895 Ă  71 ans Marly le roiA partir de 1856, Alexandre Dumas fils appelle George Sand Maman. Et, elle, le rebaptise son fieux. C’est dire la proximitĂ© de l’auteur de La dame aux camĂ©lias avec la bonne dame de Nohant. Tout commence en 1851 quand Alexandre Dumas fils rapporte Ă  l’écrivaine ses lettres Ă  Chopin, qu’elle souhaite faire disparaĂźtre. Pendant vingt-cinq ans, ils vont se raconter leur quotidien, Ă©changer avis sur les Ɠuvres et rĂ©flexions sur l’actualitĂ©. Comme sur la Commune de Paris, saturnales de la plĂšbe aprĂšs celles de l’Empire pour George Sand. Des lettres d’Alexandre Dumas pĂšre et de son Ă©pouse Ida notamment enrichissent leurs propos. TĂ©moignage d’une Ă©poque, cette correspondance se rĂ©vĂšle aussi le rĂ©cit d’une amitiĂ© exceptionnelle, par-delĂ  les de George Sand ne cesse d’ĂȘtre réévaluĂ©e. Cette correspondance inĂ©dite avec son fils spirituel, Alexandre Dumas fils, est une nouvelle occasion de lire l’auteur d’Indiana. Et de dĂ©couvrir les dĂ©bats qui ont enflammĂ© la France des annĂ©es 1851-1876, racontĂ©s par deux des plus grandes figures littĂ©raires de l’ SandNĂ©e le 1er juillet 1804 ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 Ă  71 ans ChĂąteau de NohantAlexandre Dumas Fils27 juillet 1824 ParisDĂ©cĂšs 27 novembre 1895 Ă  71 ans Marly le roiA partir de 1856, Alexandre Dumas fils appelle George Sand Maman. Et, elle, le rebaptise son fieux. C’est dire la proximitĂ© de l’auteur de La dame aux camĂ©lias avec la bonne dame de Nohant. Tout commence en 1851 quand Alexandre Dumas fils rapporte Ă  l’écrivaine ses lettres Ă  Chopin, qu’elle souhaite faire disparaĂźtre. Pendant vingt-cinq ans, ils vont se raconter leur quotidien, Ă©changer avis sur les Ɠuvres et rĂ©flexions sur l’actualitĂ©. Comme sur la Commune de Paris, saturnales de la plĂšbe aprĂšs celles de l’Empire pour George Sand. Des lettres d’Alexandre Dumas pĂšre et de son Ă©pouse Ida notamment enrichissent leurs propos. TĂ©moignage d’une Ă©poque, cette correspondance se rĂ©vĂšle aussi le rĂ©cit d’une amitiĂ© exceptionnelle, par-delĂ  les de George Sand ne cesse d’ĂȘtre réévaluĂ©e. Cette correspondance inĂ©dite avec son fils spirituel, Alexandre Dumas fils, est une nouvelle occasion de lire l’auteur d’Indiana. Et de dĂ©couvrir les dĂ©bats qui ont enflammĂ© la France des annĂ©es 1851-1876, racontĂ©s par deux des plus grandes figures littĂ©raires de l’ may also likeAlphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin - Chapitre 23 - En Camargue - Yannick Debain..Alphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin - Chapitre 23 - En Camargue - 3 L'Espère - Yannick Debain..Alphonse Daudet - Lettres de Mon Moulin -Chapitre 23 - En Camargue - 4 - Le Rouge et Le Blanc - Yannick DebainAlphonse Daudet -Lettres de Mon Moulin - Chapitre 17 - Les Trois Messes Basses - troisième épisode- yannick debainAlphonse Daudet - Lettres de Mon moulin - Les Trois Messes Basses- Chapitre 17 - 1er épisode. Yannick Extraitd’une des derniĂšres lettres de George Sand, adressĂ©e Ă  Charles-Edmond, directeur du journal Le Temps, Ă©crite Ă  Nohant le 22 mai 1876. Correspondance de George Sand par Georges Lubin, tome 24, lettre n° 17871. Ce correspondant lui avait Ă©crit qu’un voisin Ă  lui faisait construire un bĂątiment devant sa demeure, interceptant George Sand et la lettre de voyage AgnĂšs Kettler Texte intĂ©gral 1 George Sand, ƒuvres autobiographiques, Ă©d. G. Lubin, PlĂ©iade, [dĂ©sormais t. II, p. 471 et s ... 2 Ibid., p. 503 et suiv. 3 Correspondance, Ă©d. George Lubin, [dĂ©sormais Corr.], t. I, p. 161-167. 1George Sand fut une voyageuse prĂ©coce puisque, dĂšs l’ñge de quatre ans, elle accompagna sa mĂšre en Espagne, oĂč son pĂšre Ă©tait aide de camp de Murat. On trouve dans ses Ɠuvres autobiographiques des Ă©bauches d’un Voyage en Espagne1, publiĂ© de façon posthume et des fragments, Ă©galement posthumes, d’un Voyage en Auvergne2 effectuĂ© en 1827 avec son mari Casimir Dudevant, et oĂč elle donne ses impressions sur le Mont-Dore et les curistes qu’elle rencontre. On peut mentionner aussi un sĂ©jour Ă  Cauterets en 1825, oĂč elle relate ses pĂ©rilleuses excursions Ă  Gavarnie et aux grottes de Lourdes dans une lettre Ă  sa mĂšre3. Mais les deux voyages qui marquĂšrent sa vie furent, en 1834, le sĂ©jour Ă  Venise oĂč elle arriva avec Musset et d’oĂč elle repartit au bras du docteur Pagello ; et pendant l’hiver 1838-1839, le sĂ©jour Ă  Majorque en compagnie de Chopin. Dans l’intervalle, elle Ă©tait allĂ©e rejoindre en Suisse Liszt et Marie d’Agoult 28 aoĂ»t au 1er octobre 1836. Et elle reviendra en Italie en 1855 et visitera Rome avec son fils Maurice et son compagnon Manceau pour se distraire du chagrin que lui a causĂ© le mort de Nini, sa petite-fille, qu’elle chĂ©rissait. 2George Sand est une voyageuse enthousiaste, qui raconte sans fard ses dĂ©couvertes et ses dĂ©sillusions. Ses deux grands voyages en Italie, puis en Espagne, sont des voyages d’apprentissage d’oĂč elle revient plus forte aprĂšs les Ă©preuves traversĂ©es. Mais, comme le disait dĂ©jĂ  SĂ©nĂšque, on voyage toujours avec soi-mĂȘme, on peut changer de ciel mais non d’ñme. Et nous retrouvons dans ces lettres Ă©crites Ă  quelques centaines de lieues de la France, la mĂšre de Maurice et Solange qui craint pour ses enfants les entreprises du baron Dudevant dont elle n’est pas encore officiellement sĂ©parĂ©e, la propriĂ©taire de Nohant qui s’inquiĂšte de la vente d’une ferme, enfin et surtout l’écrivain qui ne cesse de travailler et fait passer dans son Ɠuvre les enchantements ou les dĂ©ceptions de son voyage. 4 Corr, t. IV, p. 569. 3Pour mieux expliquer l’enthousiasme ou les dĂ©sillusions de George Sand, il faut Ă©voquer l’arriĂšre-plan de ces voyages. Alfred de Musset quitte Venise fin mars, laissant derriĂšre lui le couple Sand-Pagello qui fait une excursion dans les environs de Venise et revient en France au mois d’aoĂ»t, aprĂšs un voyage buissonnier qui permet Ă  Sand de voir d’autres paysages italiens. En 1839, aprĂšs deux mois d’hiver Ă  Majorque, Chopin, qui a subi les vexations de la population locale Ă©pouvantĂ©e par sa phtisie, revient en France, toujours aussi malade. "Le pauvre enfant serait mort de spleen Ă  Majorque", Ă©crit G. Sand Ă  Charlotte Marliani, le 15 fĂ©vrier 18394. 5 Corr. t. II, p. 527. 6 Corr. t. IV, p. 533-534. 4Venise et Majorque s’opposent du tout au tout dans l’expĂ©rience vĂ©cue par George Sand. Le 6 mars 1834, elle Ă©crit Ă  Hippolyte Chatiron, son demi-frĂšre "AprĂšs avoir goĂ»tĂ© de ce pays-lĂ , on se croit chassĂ© du paradis quand on retourne en France [
]"5. Mais le 14 dĂ©cembre 1838, dans une lettre Ă  Charlotte Marliani, elle constate, un mois aprĂšs son arrivĂ©e Ă  Majorque "Notre voyage ici est, sous beaucoup de rapports, un fiasco Ă©pouvantable"6. Autant Sand est enthousiaste dans son Ă©loge de Venise, autant elle devient fĂ©roce dans ses diatribes contre les habitants de Majorque. 5MalgrĂ© un carnaval "bien pĂąle auprĂšs des descriptions fantastiques qu’on nous fait de l’antique Venise et de ses fĂȘtes", Venise est idĂ©alisĂ©e 7 A Hippolyte Chatiron, Corr. t. II, p. 527. Toute cette architecture mauresque en marbre au milieu de l’eau limpide et sous un ciel magnifique, ce peuple si gai, si insouciant, si chantant et si spirituel, ces gondoles, ces Ă©glises, ces galeries de tableaux, toutes les femmes jolies ou Ă©lĂ©gantes, la mer qui se brise Ă  vos oreilles, des clairs de lune comme il n’y en a nulle part ; des chƓurs de gondoliers qui sont quelquefois trĂšs justes ; des sĂ©rĂ©nades sous toutes les fenĂȘtres, des cafĂ©s pleins de turcs et d’armĂ©niens, de beaux et vastes théùtres oĂč chantent Mme Pasta et Donzelli ; des palais magnifiques ; un théùtre de polichinelles qui enfonce Ă  dix pieds sous terre celui de Nohant, et les farces de Gustave Malus ; des huĂźtres dĂ©licieuses qu’on pĂȘche sur les marches de toutes les maisons ; du vin de Chypre Ă  vingt sous la bouteille ; des poulets excellents Ă  dix sous ; des fleurs en plein hiver et, au mois de fĂ©vrier, la chaleur de notre mois de mai que veux-tu de mieux ?7 8 Ibid. 6Et elle conclut "Ce que je cherchais ici, je l’ai trouvĂ© un beau climat, des objets d’art Ă  profusion, une vie libre et calme, du temps pour travailler et des amis"8. On doute que le sĂ©jour italien ait Ă©tĂ© aussi calme que Sand l’affirme, au moment de la crise que traversaient ses relations avec Musset malade, jaloux, et qui avait raison de l’ĂȘtre puisque George, Ă  peu prĂšs sous ses yeux, devenait la maĂźtresse de Pagello. Mais on pourrait dire aussi que c’est de Venise que Sand Ă©tait devenue amoureuse. Elle cĂ©lĂšbre la ville dans les trois premiĂšres Lettres d’un voyageur, publiĂ©es en 1834, oĂč elle met en scĂšne, avec verve, le peuple vĂ©nitien gai, insouciant et libre, malgrĂ© l’occupation autrichienne. Dans cette auto-fiction, elle-mĂȘme Ă©volue dans un cercle d’amis oĂč des pseudonymes transparents voilent Ă  peine Pagello et sa famille. La deuxiĂšme lettre contient une description enchantĂ©e de Venise nocturne, qui est une des plus belles pages qu’on ait Ă©crites Ă  la gloire de la citĂ© des Doges 9 OA, t. II, p. 683-684. Le soleil Ă©tait descendu derriĂšre les monts Vicentins. De grandes nuĂ©es violettes traversaient le ciel au-dessus de Venise. [
]Peu Ă  peu les couleurs s’obscurcirent, les contours devinrent plus massifs, les profondeurs plus mystĂ©rieuses. Venise prit l’aspect d’une flotte immense, puis d’un bois de hauts cyprĂšs oĂč les canaux s’enfonçaient comme de grands chemins de sable 10 A Charlotte Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr, t. II, p. 533-34. 11 A Christine Buloz, 12-14 novembre 1838, Corr, t. IV, p. 517. 7La dĂ©couverte de Majorque et de ses habitants se fait en deux temps. Une euphorie passagĂšre au moment du dĂ©barquement oĂč Sand signale "une population excellente"10. Elle s’excuse auprĂšs de Christine Buloz de ne pas avoir achevĂ© Spiridion qui paraĂźt dans la Revue des deux mondes. La rencontre avec l’Espagne, avec "Palma surtout et Mallorque, la plus dĂ©licieuse rĂ©sidence du monde, voilĂ  qui m’écartait pĂ©niblement de la philosophie et de la thĂ©ologie"11. 12 A Louis-Edouard Gauttier d’Arc, [13 et 14 novembre 1838], Corr., t. IV, p. 521. 13 A Charlotte Marliani, 14 novembre [1838], Corr., t. IV, p. 522. 14 A Albert Grzymala, 3 dĂ©cembre [1838], Corr., t. IV, p. 529. 8On sait que George Sand et Chopin s’installĂšrent pour l’hiver Ă  la chartreuse de Valldemosa, "le sĂ©jour le plus romantique de la terre"12, mais glacial et ouvert Ă  tous les vents. La dĂ©sillusion succĂšde presque immĂ©diatement Ă  l’enchantement. L’accueil des habitants de Majorque est rien moins qu’engageant. Se procurer un logis et les objets de la vie courante relĂšve du tour de force "Si l’on veut se permettre le luxe exorbitant d’un pot de chambre, il faut Ă©crire Ă  Barcelone"13. L’arrivĂ©e du piano de Chopin qu’il faut arracher aux griffes de la douane est l’objet d’un Ăąpre marchandage. Quant au personnel domestique, il se montre si peu compĂ©tent que George se plaint "Je fais de la cuisine au lieu de faire de la littĂ©rature"14. Et elle Ă©clate dans une lettre Ă  Buloz, le 28 dĂ©cembre 1838 15 A Buloz, 28 dĂ©cembre 1838, T. VI, p. 539. Je n’aurais jamais cru qu’il y eĂ»t, Ă  deux journĂ©es de navigation de la France, une population aussi arriĂ©rĂ©e, aussi fanatique, aussi timide, pour ne rien dire de plus et d’une aussi insigne mauvaise foi. Ils auront de mes nouvelles quand je les quitterai !15 16 A Charlotte Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr., t. IV, p. 530. 9Elle remarque que les Majorquins ont deux amours le piment et le commerce des cochons. Un seul navire relie Majorque au continent, encore faut-il que les conditions mĂ©tĂ©orologiques soient favorables afin que les pourceaux n’aient pas le mal de mer. Le reste de la cargaison importe peu "Si un cochon meurt en route, l’équipage est en deuil et donne au diable journaux, passagers, lettres, paquets et le reste"16. 17 A Alexis Duteil, 20 janvier 1839, Corr. t. IV, p. 553. 10Quant aux Majorquins, malgrĂ© leurs costumes chamarrĂ©s, ce sont de vrais animaux eux-mĂȘmes, puants, grossiers et poltrons et tous fils de moines et avec cela superbes, trĂšs bien costumĂ©s, jouant Ă  la guitare et dansant le fandango »17. 18 A Charlotte Marliani, 26 fĂ©vrier 1839, Corr. t. IV, p. 577. 11L’acrimonie de G. Sand s’explique par les multiples avanies qu’elle-mĂȘme et surtout Chopin ont subies de la part des insulaires. InstallĂ©e Ă  la Chartreuse, avec Chopin et ses deux enfants, elle dĂ©fraie la chronique elle ne va pas Ă  la messe et l’Ɠil exercĂ© des Majorquins a reconnu chez Chopin les symptĂŽmes de la phtisie. Il est considĂ©rĂ© comme un pestifĂ©rĂ© et on brĂ»le le lit oĂč il a couchĂ© pour dĂ©sinfecter les lieux. Ce fut le cas Ă  Palma et sur le navire qui ramenait Sand et les siens vers le continent. "Ils m’ont blessĂ©e dans l’endroit le plus sensible de mon cƓur ; ils ont percĂ© Ă  coups d’épingles un ĂȘtre souffrant sous mes yeux, jamais je ne le leur pardonnerai, et si j’écris sur eux, ce sera avec du fiel"18. 19 Cf. note 1 de la page 1034, p. 1516. 12La rancune tenace de G. Sand se retrouve effectivement dans Un hiver Ă  Majorque, publiĂ© d’abord en 1841 sous le titre Un hiver au midi de l’Europe. L’écrivain y dĂ©crit la beautĂ© de l’üle, ses ressources naturelles, son climat aux pluies diluviennes pendant l’hiver ; mais tout un chapitre est consacrĂ© Ă  l’épisode des cochons et Ă  la paresse des Majorquins. Le livre provoqua une rĂ©action fulminante des insulaires. Dans un article du journal La Palma, du 5 mai 1841, JosĂ©-Maria Quadrado conclut "George Sand est le plus immoral des Ă©crivains et Mme Dudevant, la plus obscĂšne des femmes"19. 13Dans ces deux longs voyages, Sand a beaucoup vu et beaucoup appris. Les Lettres d’un voyageur montrent Ă  quel point le sĂ©jour italien fut un voyage d’apprentissage dans tous les sens du terme. 20 6 avril [1834], Corr, t. II, p. 556-557. 21 Corr. t. II, p. 676. 14AprĂšs avoir quittĂ© Musset Ă  Mestre, G. Sand fait un voyage Ă  pied dans les PrĂ©alpes du Trentin avec Pagello 30 mars au 5 avril. Et elle dĂ©couvre non sans fiertĂ© son endurance physique "J’ai fait Ă  pied presque huit lieues et j’ai reconnu que ce genre de fatigue m’était fort bon, physiquement et moralement", Ă©crit-elle Ă  Jules Boucoiran20. Et Ă  François Rollinat, le 15 aoĂ»t 1834 "J’ai trois cinquante lieues dans le postĂ©rieur et une quarantaine dans les jambes, car j’ai traversĂ© la Suisse Ă  pied"21. Sans doute exagĂšre-t-elle le nombre de kilomĂštres parcourus de maniĂšre aussi sportive, mais cette façon de voyager renoue avec les voyages Ă  pied de Rousseau et, quand ces voyages sont alpestres, avec ceux de Senancour. Le voyage Ă  pied encourage la rĂȘverie, le retour sur soi, ramĂšne l’homme Ă  la nature, qu’elle soit accueillante ou terrifiante, lui donne une indĂ©pendance et une libertĂ© que la sociĂ©tĂ© lui refuse. La premiĂšre Lettre d’un voyageur, adressĂ©e Ă  Musset Ă  qui elle fait savoir qu’il peut la garder, la dĂ©chirer ou la publier, contient des passages qu’on pourrait croire empruntĂ©s Ă  Obermann 22 Lettres d’un voyageur, t. II, p. 673. Je traversais ce jour-lĂ  des solitudes d’une incroyable mĂ©lancolie [
] Je choisis les sentiers les plus difficiles et les moins frĂ©quentĂ©s. En quelques endroits ils me conduisirent jusqu’à la hauteur des premiĂšres neiges ; en d’autres ils s’enfonçaient dans des dĂ©filĂ©s arides, oĂč le pied de l’homme semblait n’avoir jamais passĂ©. J’aime ces lieux incultes, inhabitables qui n’appartiennent Ă  personne. [
] Je fermai les yeux, au pied d’une roche, et mon esprit se mit Ă  divaguer. En un quart d’heure je fis le tour du monde ; et quand je sortis de ce demi-sommeil fĂ©brile, je m’imaginais que j’étais en AmĂ©rique, dans une de ces Ă©ternelles solitudes que l’homme n’a pu conquĂ©rir encore sur la nature 23 Ibid., p. 674. 15Le voyage devient alors une mĂ©taphore existentielle qui permet au voyageur de mesurer ses forces et de continuer "Je sentis ma volontĂ© s’élancer vers une nouvelle pĂ©riode de ma destinĂ©e. C’est donc lĂ  oĂč tu en es ? me disait une voix intĂ©rieure ; eh bien ! marche, avance, apprends"23. 24 Corr. t. II, 6 avril 1834, p. 554. 16Le voyage italien se solde donc par un bilan positif, malgrĂ© la rupture avec Musset. "Je me sens de la force pour vivre, pour travailler, pour souffrir", affirme Sand dans une lettre Ă  Boucoiran24. Cette impression de libertĂ© que lui donne le voyage s’exprime par le fantasme d’une escapade Ă  Constantinople, sur lequel elle revient plusieurs fois 25 A. Musset, 29 avril 1834, Corr., t. III, p. 574. Pour le moment je serais bien aise de toucher une petite somme de 700 ou 800 francs pour faire ce voyage Ă  Constantinople, ou, au moins pour me sentir le moyen de le faire, ce qui serait pour moi une pensĂ©e de libertĂ© 26 Corr. t. II, p. 581. 27 Corr, t. II, p. 589. 28 A Musset, 24 mai 1834, Corr, t. II, p. 597. 17Elle a surmontĂ© la crise de Venise et peut Ă©crire Ă  Gustave Papet, le 8 mai 1834 "Je sais enfin que cet amour de six mois n’a pas tuĂ© l’avenir d’Alfred ni le mien"26 ; et Ă  Musset, le 12 mai "Je m’applaudis d’avoir appris Ă  aimer les yeux ouverts"27. Ce qui ne l’empĂȘche pas de cultiver le fantasme d’une liaison platonique Ă  trois, oĂč Pagello serait le pĂšre et Musset l’enfant28 ! 18Le voyage est d’abord la rĂ©vĂ©lation d’une libertĂ© autarcique qui s’accommode mal des liens affectifs, si chers qu’ils soient. A son retour d’Espagne, Sand confie Ă  Charlotte Marliani 29 20 mai 1839, Corr, t. VI, p. 655. Je n’aime plus les voyages, ou plutĂŽt je ne suis plus dans les conditions oĂč je pourrais les aimer. Je ne suis plus garçon, une famille est singuliĂšrement peu conciliable avec les dĂ©placements 19Pourquoi voyage-t-elle en fin de compte ? Le voyage en Italie, escapade d’un couple amoureux, obĂ©it Ă  une tradition romantique. Mais aprĂšs Majorque Sand propose aussi une autre explication 30 Un hiver Ă  Majorque, t. II, p. 1033. Je m’adresse la mĂȘme rĂ©ponse nĂ©gative qu’autrefois Ă  mon retour de Majorque "C’est qu’il ne s’agit pas tant de voyager que de partir quel est celui de nous qui n’a pas quelque douleur Ă  distraire ou quelque joug Ă  secouer ?30 20Et la correspondance atteste qu’il n’est pas si facile de secouer le joug. La distance matĂ©rielle mise entre Sand et les prĂ©occupations de la vie sĂ©dentaire, ne l’empĂȘche nullement de songer Ă  ceux qu’elle a laissĂ©s en France ses enfants en 1834, et surtout ne la dĂ©tourne jamais de son mĂ©tier d’écrivain. Durant son sĂ©jour Ă  Venise, elle publie les quatre Lettres d’un voyageur et Leone Leoni, rĂ©cit de l’emprise d’un sĂ©ducteur sans scrupule sur une jeune fille qu’il dĂ©shonore. L’hĂ©roĂŻne, Ă  la fin du roman, situĂ© Ă  Venise, quitte l’homme qui a voulu la rĂ©habiliter et l’épouser, pour suivre Ă  nouveau Leoni dont elle sait qu’il la mĂšnera Ă  sa perte. Peu aprĂšs, elle achĂšve Jacques, portrait d’un mari qui se sacrifie pour laisser la place Ă  l’amant de sa femme. Il donne Ă  son suicide l’allure d’un accident survenu dans les Alpes du Tyrol, dĂ©cor que Sand dĂ©crit d’aprĂšs sa propre expĂ©rience dans les PrĂ©alpes du Trentin. Elle annonce Ă  Buloz la fin de son travail, sur le mode humoristique, le 4 juillet 1834 31 4 juillet 1834, Corr, t. II, p. 653. Adieu, mon ami, je viens de finir Jacques et le soleil se lĂšve. Je vais aller me promener sur les lagunes, et chanter une hymne Ă  Buloz le grand, Ă  Buloz le gĂ©nĂ©reux, Ă  Buloz le magnifique, toutes les Ă©crevisses rĂ©pondront 32 A Hippolyte Chatiron, 6 mars 1834, Corr., t. II, p. 528. 21La puissance de travail de Sand est prodigieuse elle travaille en moyenne sept ou huit heures par jour et affirme qu’elle est allĂ©e jusqu’à treize heures d’affilĂ©e32. Cet effort ne se dĂ©ment pas Ă  Majorque oĂč elle donne des cours Ă  ses enfants 33 A Mme Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr, t. IV, p. 536. Je suis plongĂ©e avec Maurice dans Thucidide [sic] et compagnie, avec Solange rĂ©gime indirect et accord du participe [
] Ma nuit se passe comme toujours Ă  22A Majorque elle achĂšve Spiridion qu’on peut considĂ©rer comme un exposĂ© de ses croyances religieuses, inspirĂ©es en partie par Charles Leroux, et qui se dĂ©roule dans un cloĂźtre oĂč l’on peut retrouver le dĂ©cor de la chartreuse de Valldemosa. Dans la Revue des deux mondes, elle publie son poĂšme dramatique Les Sept Cordes de la Lyre, inspirĂ© aussi bien de Goethe que de Ballanche. HĂ©lĂšne, la folle au cƓur pur, peut seule jouer de la lyre enchantĂ©e et dĂ©livre ainsi l’esprit de son aĂŻeul Adelsfreit qui y Ă©tait enfermĂ©. 34 17 mars 1839, Corr, t. IV, p. 607. 23Ces Ɠuvres ne sont pas du goĂ»t de Buloz qui hĂ©site Ă  les publier. Et Sand se moque de sa pusillanimitĂ© "Laissez gĂ©mir Buloz qui pleure Ă  chaudes larmes quand je fais ce qu’il appelle du mysticisme, et poussez Ă  l’insertion", Ă©crit-elle Ă  Charlotte Marliani34. 35 A Jules Boucoiran, 6 avril 1834, Corr, t. II, p. 558. 24G. Sand, sans doute Ă  cause du voyage, prend ses distances avec son Ɠuvre qui ne serait, s’il faut l’en croire, qu’un travail alimentaire. A propos de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec Buloz, elle affirme "J’ai au moins ici le bonheur d’ĂȘtre tout Ă  fait Ă©trangĂšre Ă  la littĂ©rature et de la traiter absolument comme un gagne-pain"35. Car l’écrivain est aussi une mĂšre de famille qui, en 1834, a laissĂ© derriĂšre elle son fils Maurice ĂągĂ© de onze ans, pensionnaire au collĂšge Henri IV et sa fille Solange, "la grosse mignonne", de cinq ans plus jeune, Ă  Nohant. Sand tremble toujours de voir Casimir, dont elle n’est pas encore officiellement sĂ©parĂ©e, rĂ©clamer et obtenir la garde de ses deux enfants. Cela explique sans doute le ton courtois de ses lettres Ă  son mari Ă  qui, aprĂšs des observations sur l’éducation de ses enfants, elle rĂ©serve des rĂ©flexions sĂ©rieuses sur l’histoire contemporaine, faites durant son voyage Ă  pied autour de Venise, en compagnie de Pagello dont, bien entendu, elle ne souffle mot 36 A Casimir Dudevant, 6 avril 1834, Corr., t. II, p. 568. J’ai passĂ© en effet sur plus d’un champ de bataille. J’ai vu Vicence, Bassano, Feltre, toutes ces conquĂȘtes qui sont devenues des noms de famille. Les maisons de Bassano sont encore toutes criblĂ©es de nos balles et de nos boulets. C’est trĂšs glorieux pour nous, mais fort triste pour ces pauvres campagnes qui sont si belles et que nous avons 37 "Ne vois pas mon fils si cela te fait mal", p. 590. 25Mais plus que des sĂ©quelles de la campagne d’Italie, on trouve G. Sand prĂ©occupĂ©e des conditions de vie de ses enfants. Qui fera sortir Maurice de son collĂšge, le dimanche ? Qui le demandera au parloir pour lui apporter quelques sucres d’orge ? Elle essaie mĂȘme de rĂ©quisitionner Musset qui lui rĂ©pond qu’il est incapable de voir Maurice car le jeune garçon a les mĂȘmes yeux noirs que sa mĂšre37. Sand mĂšne des pourparlers dĂ©licats avec sa mĂšre, Mme Dupin, qui accepte de recevoir Maurice chez elle. Il s’agit de ne froisser personne, ni sa mĂšre ni son ancien prĂ©cepteur Boucoiran qui promĂšnera le jeune garçon. Et Sand veut Ă  tout prix ĂȘtre rentrĂ©e Ă  Paris pour le 16 aoĂ»t, jour de la distribution des prix 38 A. Buloz, 26 juin 1834, Corr, t. II, p. 641. Mon fils est un des fameux de sa classe. Jugez quel chagrin pour lui et pour moi, si je n’assistais pas Ă  ses petites 26Elle souffre d’ĂȘtre sĂ©parĂ©e de ses enfants – les billets de Maurice sont aussi rares que laconiques. Et elle lui Ă©crit, le 8 mai 1834 39 Corr, t. II, p. 577-578. J’ai fait bien des rĂȘves oĂč je croyais tenir mes deux enfants dans mes bras, et je me suis bien des fois Ă©veillĂ©e en pleurant de me trouver seule et si loin d’ 40 A. Alexis Duteil, [20 janvier 1839], Corr., t. IV, p. 554 ; Ă  Hippolyte Chatiron, 22 janvier [1839 ... 27Si loin de Nohant, elle est obligĂ©e de traiter d’affaires importantes pour le domaine la vente de la ferme de la CĂŽte-Noire, dont elle parle Ă  plusieurs reprises40. Enfin George Sand Ă©prouve la nostalgie de Nohant mĂȘme Ă  Venise oĂč, Ă  un moment donnĂ©, elle avait rĂȘvĂ© de s’installer. Elle donne ses instructions Ă  Jules Boucoiran, le 27 juin 1834 41 Corr., t. II, p. 649. Auriez-vous la bontĂ© de faire blanchir mes rideaux et de les faire poser dans toutes mes chambres pour le moment de mon retour, afin que je trouve une chambre sombre, un lit frais, des appartements propres, plaisir immense de la civilisation française dont je n’ai pas joui depuis 28George Sand tire de ses voyages une leçon de sagesse qu’elle Ă©nonce en introduction Ă  son Hiver Ă  Majorque 42 Un Voyage Ă  Majorque, t. II, p. 1033. Mes plus beaux, mes plus doux voyages, je les ai faits au coin de mon feu, les pieds dans la cendre chaude et les coudes appuyĂ©s sur les bras rĂąpĂ©s du fauteuil de ma 43 Sur le cycle vĂ©nitien de G. Sand, voir Marielle Caors, George Sand. De voyages en romans, Ă©d. Roye ... 29Ce serait pourtant une philosophie un peu courte si nous n’avions pas les preuves positives d’une George Sand qui sait goĂ»ter l’enchantement vĂ©nitien ou l’harmonie d’un paysage italien ou espagnol. Venise surtout lui a laissĂ© un souvenir ineffaçable dont tĂ©moigne la prĂ©sence quasi obsessionnelle de la citĂ© des Doges dans les Ɠuvres Ă  venir. J’ai parlĂ© de Leone Leoni mais il faut citer aussi la nouvelle MattĂ©a 1835, fantaisie vĂ©nitienne sur les amours d’une ingĂ©nue, la nouvelle de L’Orco 1838, qui doit son titre au gĂ©nie protecteur de Venise. Les MaĂźtres mosaĂŻstes 1837 racontent la rivalitĂ© de deux familles qui se disputent l’honneur d’orner la basilique Saint-Marc de ses mosaĂŻques et dans La DerniĂšre Aldini 1838 un chanteur vĂ©nitien devenu cĂ©lĂšbre renonce Ă  l’amour d’une jeune fille quand il apprend qu’elle est la fille de la femme qu’il avait autrefois aimĂ©e. MĂȘme quand la pĂ©riode vĂ©nitienne semble close, on retrouve Venise dans les premiĂšres pages de Consuelo 1842, oĂč la jeune fille Ă©tudie le chant Ă  l’église des Mendicanti43. 44 CitĂ© par Marielle Caors, Ouvr. citĂ©, p. 46. 30Il y a donc tout un cycle vĂ©nitien qui prouve que George Sand, comme elle le dit dans une lettre de juillet 1837 Ă  Luigi Calamatta, ne peut s’arracher Ă  sa chĂšre Venise44. Le voyage a le pouvoir, mĂȘme Ă  long terme, de libĂ©rer chez la romanciĂšre de nouvelles forces crĂ©atrices oĂč l’inspiration naĂźt de la symbiose de l’imaginaire avec l’expĂ©rience vĂ©cue. Notes 1 George Sand, ƒuvres autobiographiques, Ă©d. G. Lubin, PlĂ©iade, [dĂ©sormais t. II, p. 471 et suiv. 2 Ibid., p. 503 et suiv. 3 Correspondance, Ă©d. George Lubin, [dĂ©sormais Corr.], t. I, p. 161-167. 4 Corr, t. IV, p. 569. 5 Corr. t. II, p. 527. 6 Corr. t. IV, p. 533-534. 7 A Hippolyte Chatiron, Corr. t. II, p. 527. 8 Ibid. 9 OA, t. II, p. 683-684. 10 A Charlotte Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr, t. II, p. 533-34. 11 A Christine Buloz, 12-14 novembre 1838, Corr, t. IV, p. 517. 12 A Louis-Edouard Gauttier d’Arc, [13 et 14 novembre 1838], Corr., t. IV, p. 521. 13 A Charlotte Marliani, 14 novembre [1838], Corr., t. IV, p. 522. 14 A Albert Grzymala, 3 dĂ©cembre [1838], Corr., t. IV, p. 529. 15 A Buloz, 28 dĂ©cembre 1838, T. VI, p. 539. 16 A Charlotte Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr., t. IV, p. 530. 17 A Alexis Duteil, 20 janvier 1839, Corr. t. IV, p. 553. 18 A Charlotte Marliani, 26 fĂ©vrier 1839, Corr. t. IV, p. 577. 19 Cf. note 1 de la page 1034, p. 1516. 20 6 avril [1834], Corr, t. II, p. 556-557. 21 Corr. t. II, p. 676. 22 Lettres d’un voyageur, t. II, p. 673. 23 Ibid., p. 674. 24 Corr. t. II, 6 avril 1834, p. 554. 25 A. Musset, 29 avril 1834, Corr., t. III, p. 574. 26 Corr. t. II, p. 581. 27 Corr, t. II, p. 589. 28 A Musset, 24 mai 1834, Corr, t. II, p. 597. 29 20 mai 1839, Corr, t. VI, p. 655. 30 Un hiver Ă  Majorque, t. II, p. 1033. 31 4 juillet 1834, Corr, t. II, p. 653. 32 A Hippolyte Chatiron, 6 mars 1834, Corr., t. II, p. 528. 33 A Mme Marliani, 14 dĂ©cembre 1838, Corr, t. IV, p. 536. 34 17 mars 1839, Corr, t. IV, p. 607. 35 A Jules Boucoiran, 6 avril 1834, Corr, t. II, p. 558. 36 A Casimir Dudevant, 6 avril 1834, Corr., t. II, p. 568. 37 "Ne vois pas mon fils si cela te fait mal", p. 590. 38 A. Buloz, 26 juin 1834, Corr, t. II, p. 641. 39 Corr, t. II, p. 577-578. 40 A. Alexis Duteil, [20 janvier 1839], Corr., t. IV, p. 554 ; Ă  Hippolyte Chatiron, 22 janvier [1839], Corr., t. IV, p. 556-557 ; au mĂȘme, [Marseille mi-mars 1839], t. IV, p. 602-603. 41 Corr., t. II, p. 649. 42 Un Voyage Ă  Majorque, t. II, p. 1033. 43 Sur le cycle vĂ©nitien de G. Sand, voir Marielle Caors, George Sand. De voyages en romans, Ă©d. Royer, 1993, p. 42 Ă  48. 44 CitĂ© par Marielle Caors, Ouvr. citĂ©, p. 46. Auteur
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ÉcoutezGeorge Sand - Dumas Fils - Lettres - Yannick Debain et 394 plus d'Ă©pisodes de A Voix Haute, gratuitement! Aucune inscription ou installation nĂ©cessaire. 28 - LE MOT DU MATIN - JosĂ© Artur - Yannick Debain. Charles Baudelaire - ElĂ©vation - Yannick Debain. George SandNĂ©e le 1er juillet 1804ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 (Ă  71 ans)ChĂąteau de NohantAlexandre Dumas (Fils)27 ➕ S'abonner ➕ Souscrire ✔ AbonnĂ© ✔ Souscrire Partager Manage episode 315638299 series 3244739 Par Yannick Debain, dĂ©couvert par Player FM et notre communautĂ© - Le copyright est dĂ©tenu par l'Ă©diteur, non par Player F, et l'audio est diffusĂ© directement depuis ses serveurs. Appuyiez sur le bouton S'Abonner pour suivre les mises Ă  jour sur Player FM, ou collez l'URL du flux dans d'autre applications de podcasts. George SandNĂ©e le 1er juillet 1804ParisDĂ©cĂšs 8 juin 1876 Ă  71 ansChĂąteau de NohantAlexandre Dumas Fils27 juillet 1824ParisDĂ©cĂšs 27 novembre 1895 Ă  71 ansMarly le roiA partir de 1856, Alexandre Dumas fils appelle George Sand Maman. Et, elle, le rebaptise son fieux. C’est dire la proximitĂ© de l’auteur de La dame aux camĂ©lias avec la bonne dame de Nohant. Tout commence en 1851 quand Alexandre Dumas fils rapporte Ă  l’écrivaine ses lettres Ă  Chopin, qu’elle souhaite faire disparaĂźtre. Pendant vingt-cinq ans, ils vont se raconter leur quotidien, Ă©changer avis sur les Ɠuvres et rĂ©flexions sur l’actualitĂ©. Comme sur la Commune de Paris, saturnales de la plĂšbe aprĂšs celles de l’Empire pour George Sand. Des lettres d’Alexandre Dumas pĂšre et de son Ă©pouse Ida notamment enrichissent leurs propos. TĂ©moignage d’une Ă©poque, cette correspondance se rĂ©vĂšle aussi le rĂ©cit d’une amitiĂ© exceptionnelle, par-delĂ  les de George Sand ne cesse d’ĂȘtre réévaluĂ©e. Cette correspondance inĂ©dite avec son fils spirituel, Alexandre Dumas fils, est une nouvelle occasion de lire l’auteur d’Indiana. Et de dĂ©couvrir les dĂ©bats qui ont enflammĂ© la France des annĂ©es 1851-1876, racontĂ©s par deux des plus grandes figures littĂ©raires de l’époque. 395 episodes Lettreautographe, non signĂ©e, Ă  son fils Maurice. [Novembre 1843]. Details. SAND, George (1804-1876). Lettre autographe, non signĂ©e, Ă  son fils Maurice. [Novembre 1843]. 4 pages in-12 (205 x 133 mm). Encre brune sur papier au Drame en trois actes et en prose, reprĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois le 15 septembre 1855 au Théùtre de l’OdĂ©on. Distribution 5 hommes, 2 femmes Texte intĂ©gral Ă  tĂ©lĂ©charger gratuitement sur Libre Théùtre L’argument Le bourgeois Keller hĂ©rite du chateau de Muhldorf, qui appartenait Ă  son oncle, mort sans testament. Il s’y rend avec son fils et dĂ©couvre MaĂźtre Favilla, un musicien rĂȘveur et un peu fou, un ami du dĂ©funt qui s’est installĂ© avec sa famille dans le chateau et qui est persuadĂ© d’ĂȘtre l’hĂ©ritier. La famille de Favilla demande Ă  Keller de le mĂ©nager le temps qu’il recouvre ses esprits. Le fils de Keller tombe amoureux de la fille de Favilla
 MaĂźtre Favilla ou le pique-assiette sans le savoir estampe de Pochet, 1855. Source BnF/Gallica George Sand Ă©crivit la DerniĂšre Aldini en collaboration avec son amant du moment : le jeune auteur dramatique FĂ©licien Mallefille qu’elle avait installĂ© Ă  Nohant en qualitĂ© de prĂ©cepteur de son fils. Sa liaison avec Mallefille ne l’empĂȘchait pas, on le voit, de songer Ă  Chopin.
GEORGE SAND ET SA FILLE D’APRÈS LEUR CORRESPONDANCE INÉDITE I DE L’ENFANCE AU MARIAGE 1828-1847. Sois bonne, entends-tu ? bonne avant tout, bonne toujours
 » Lettre de G. Sand Ă  sa fille. I Les fĂȘtes rĂ©centes du Centenaire de George Sand, les publications de toute sorte auxquelles la vie de l’illustre Ă©crivain a donnĂ© lieu durant ces dix ou douze derniĂšres annĂ©es[1], semblent avoir laissĂ© peu de chose Ă  dĂ©couvrir sur sa personne et sur son caractĂšre. Les divers aspects de cette grande figure sont aujourd’hui connus, les traits principaux fixĂ©s, ainsi qu’un certain nombre de traits secondaires. On connaĂźt la jeune Ă©pouse de Casimir Dudevant[2], au gĂ©nie encore endormi et vague ; on connaĂźt l’amoureuse platonique d’AurĂ©lien de SĂšze[3], dĂ©jĂ  attentive Ă  l’appel de la vocation ; on a Ă©tudiĂ© maintes fois la rĂ©voltĂ©e romantique, LĂ©lia, et, hier encore, on confessait dĂ©finitivement, — selon toute apparence, — la douloureuse amante de Musset ; on n’a jamais ignorĂ© la mĂšre de Maurice ; l’amie nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par la correspondance de Flaubert et par vingt autres ; la grand’mĂšre enfin, et la bonne dame de Nohant, » sont entrĂ©es de plain-pied dans l’histoire, j’allais presque dire dans la lĂ©gende. Des ombres et des rayons qui composent cette vie, les unes sont aujourd’hui Ă©claircies, les autres consacrĂ©s. Un point s’est jusqu’ici dĂ©robĂ© Ă  l’investigation de la critique. George Sand eut deux enfans, qui tous deux lui survĂ©curent Maurice, mort le 4 septembre 1889 ; Solange, morte le 17 mars 1899. Abondamment renseignĂ© sur la mĂšre de Maurice, le public ignore Ă  peu prĂšs tout de la mĂšre de Solange. Regrettable lacune, qui masque tout un aspect de cette vie, et qui empĂȘche d’en tirer en quelque sorte la contre-Ă©preuve intime. Car la fille de George Sand, — si l’on en juge par les rares pages qui lui ont Ă©tĂ© consacrĂ©es[4], — n’était point femme Ă  passer inaperçue, mĂȘme auprĂšs de sa mĂšre. TrĂšs fille de George Sand par les riches dons de l’intelligence, elle l’était aussi peu que possible par l’imprĂ©vu de son caractĂšre et la personnalitĂ© de ses goĂ»ts. Avec de telles oppositions, les rapports des deux femmes durent ĂȘtre dĂ©pourvus de banalitĂ©. Leur correspondance ne pouvait manquer d’ĂȘtre la pierre de touche de leur caractĂšre. Il Ă©tait intĂ©ressant de savoir comment George Sand s’était comportĂ©e dans cette Ă©preuve, de toutes peut-ĂȘtre la plus pĂ©rilleuse. D’illustres exemples littĂ©raires nous montrent ce que peuvent ĂȘtre, en pareil cas, les mĂ©sintelligences du sang. Mais jusqu’ici rĂ©gnait, sur ce point, une obscuritĂ© complĂšte. Était-ce donc pour quelque fĂącheuse raison que, sauf allusion aux annĂ©es d’enfance de Solange, aucune lettre de George Sand Ă  sa fille n’avait Ă©tĂ© admise dans la Correspondance en six volumes[5]publiĂ©e par les soins de son fils ? Sinon, comment interprĂ©ter un silence qui ressemble Ă  une exclusion ? L’explication est en vĂ©ritĂ© plus simple. Elle tient beaucoup moins aux rapports de la fille et de la mĂšre, qu’aux rapports de la sƓur et du frĂšre, Ă  la date de 1883. Maurice Sand, aprĂšs la mort de sa mĂšre, fut encouragĂ© par ses amis Ă  publier certaines de ses correspondances. Il lança un ballon d’essai, dans la Revue des Deux Mondes, en janvier 1881. Le succĂšs le dĂ©cida Ă  poursuivre ; il projeta dĂšs lors une publication en six volumes. Solange dĂ©sapprouvait en principe l’entreprise ; elle Ă©tait, au surplus, brouillĂ©e avec son frĂšre. Aussi, quand Maurice lui demanda communication des lettres qu’elle avait reçues de sa mĂšre, en vue d’un choix, rĂ©pondit-elle par une fin de non-recevoir. Elle prĂ©tendit avoir tout dĂ©truit. Elle avait tout gardĂ©. Tout, c’est Ă©videmment trop dire. Du moins avait-elle conservĂ©, et cela dĂšs l’enfance le dĂ©tail a son prix, la plupart des feuillets noircis par cette mĂšre d’élite, qui l’avait toujours aimĂ©e et conseillĂ©e, et Ă  laquelle Solange, en dĂ©pit de maintes incartades, avait aussi rendu affection pour affection. Si donc la fille de George Sand a pu paraĂźtre exclue de la correspondance de sa mĂšre, ce ne fut que par sa faute. Faute qu’elle regretta, sur la fin de sa vie ! AprĂšs la mort de son frĂšre, un secret dĂ©sir semble ĂȘtre nĂ© chez elle de reprendre, dans la mĂ©moire de la mĂšre glorieuse, une place, — sinon la premiĂšre, que Maurice avait toujours occupĂ©e, — du moins la juste place que George Sand lui avait constamment gardĂ©e dans sa vie et dans son cƓur. Ce dĂ©sir Ă©tait d’autant plus respectable qu’il se liait chez elle au souvenir d’un petit enfant, sur la tombe duquel la mĂšre et la fille confondirent leurs plus douloureuses larmes. Aussi prit-elle soin qu’aprĂšs elle, parmi les rares papiers dont elle n’ordonnait point la destruction, fussent ceux qui avaient trait Ă  ses rapports avec sa mĂšre, et qu’ils fussent remis entre des mains qui en sauraient le prix[6]. Ce sont ces papiers, dont nous offrons au public des fragmens importans. Ils ne contiennent, Ă  vrai dire, aucune rĂ©vĂ©lation sensationnelle, » et de cela nous nous fĂ©licitons. Mais ils retracent une histoire vĂ©cue, abondante en pĂ©ripĂ©ties, au total inconnue, d’oĂč se dĂ©gagent quelques utiles enseignemens. Ils complĂštent le dessin d’une vie mĂ©morable, et ils en Ă©bauchent une autre en regard. Nous croyons, en publiant ces pages intimes, ne pas cĂ©der simplement Ă  un goĂ»t d’indiscrĂ©tion et de vaine curiositĂ©. D’ailleurs, Ă  l’intĂ©rĂȘt psychologique et moral se joint parfois, ici, l’intĂ©rĂȘt des faits et des choses. Chemin faisant, ces piĂšces Ă©clairciront certains points de biographie, en rectifieront d’autres. Solange, qui mĂ©riterait peut-ĂȘtre une Ă©tude, rend en un sens cette Ă©tude superflue par la façon dont elle se peint dans ses lettres. Sur certains faits de la vie de son mari ClĂ©singer, ou de Chopin, Chopin et ClĂ©singer dĂ©poseront eux-mĂȘmes. TĂ©moignages trĂšs instructifs. Mais ce qui ressort surtout de ces papiers jaunis, ce qui s’affirme avec une dĂ©cisive autoritĂ©, c’est la supĂ©rioritĂ© de vues, le constant courage, le dĂ©vouement inĂ©branlable dont George Sand multiplia les preuves dans ses lettres Ă  Solange enfant, Ă  Solange jeune femme et mĂšre, Ă  Solange Ă©pouse malheureuse, Ă  Solange libĂ©rĂ©e et tentĂ©e par la carriĂšre littĂ©raire. Dans cette haute direction vers le bien qu’elle dĂ©sira lui imprimer toujours sans tyranniquement la lui imposer, George Sand nous apparaĂźt sous trois aspects nouveaux, et comme dans trois rĂŽles rĂŽle d’éducatrice pendant la formation ; rĂŽle de dĂ©fenseur et de directeur de conscience pendant la crise morale plus tard, rĂŽle de guide et de conseiller littĂ©raire. Ainsi se prĂ©sente-t-elle Ă  nous, partout mĂšre infatigable, et digne assurĂ©ment d’ĂȘtre mieux Ă©coutĂ©e. La plupart des malheurs de Solange lui vinrent de n’avoir prĂȘtĂ© qu’une oreille indocile Ă  cette voix. Parfois le bonheur nous manque, et parfois aussi c’est nous qui lui manquons. Un beau caractĂšre manquĂ©, une vie manquĂ©e, sont choses qui tournent Ă  la confession dĂ©licate, sous la plume des intĂ©ressĂ©s. Et puis, Ă  cĂŽtĂ© d’eux, il y a les autres. Aussi une certaine rĂ©serve s’imposait-elle Ă  nous, dans le choix de nos documens. Quoiqu’il ne s’agisse que de personnes disparues, ce n’est pas Ă  des morts qui ont souffert de leurs fautes que l’on doit toute la vĂ©ritĂ©. Nous avons dit ici du moins toute celle qui Ă©tait utile Ă  connaĂźtre, toute celle qui Ă©tait compatible avec le respect des personnes. Et nous tĂąchons d’unir, dans cet exposĂ© sincĂšre, quelques Ă©gards nĂ©cessaires Ă  beaucoup d’impartialitĂ©. II Gabrielle-Solange Dudevant naquit Ă  Nohant, le 13 septembre 1828, pendant la visite inopinĂ©e que fit Ă  sa mĂšre AurĂ©lien de SĂšze[7]. L’amoureux platonique de Mme Dudevant, en correspondance rĂ©glĂ©e avec elle, Ă©tait inquiet d’un long silence et du trouble moral que manifestaient les derniĂšres lettres reçues il quitta Bordeaux pour revoir, aprĂšs plus d’un an, celle dont il s’était peu Ă  peu constituĂ© le directeur spirituel et littĂ©raire. Il ne fut pas peu stupĂ©fait de trouver une femme absorbĂ©e par les prĂ©paratifs d’une layette. Au cours de cette visite, Aurore eut une frayeur qui hĂąta la venue de l’enfant. Solange arriva trĂšs petite et fluette, d’ailleurs bien constituĂ©e. Elle devait Ă©nergiquement rattraper le temps perdu. Son premier dĂ©veloppement, entre 1828 et 1835, est dĂ©crit dans le premier volume de la Correspondance de sa mĂšre. Le 27 dĂ©cembre 1828, Solange est encore bien petite et bien dĂ©licate » pour que Mme Dudevant risque le voyage de Paris auprĂšs de sa mĂšre. Du reste, elle est fraĂźche, et jolie Ă  croquer, » dĂ©jĂ  ! Elle engraisse bientĂŽt, et si rapidement, qu’au mois de mars 1829, c’est une masse de graisse, blanche et rose, oĂč on ne voit encore ni nez, ni yeux, ni bouche. C’est un enfant superbe, quoique nĂ© imperceptible ; mais, pour espĂ©rer que ce soit une fille, il faut attendre qu’elle ait une figure. Jusqu’ici elle en a deux, aussi rondes et aussi joufflues l’une que l’autre. » Cette santĂ© rassurante permet Ă  la mĂšre d’aller et de venir. Elle fait, en novembre-dĂ©cembre 1829, le voyage de PĂ©rigueux ; Boucoiran, le prĂ©cepteur de Maurice, remplira par surcroĂźt le rĂŽle de nourrice sĂšche auprĂšs de Solange. Ayez aussi l’Ɠil sur ma petite pataude, et l’oreille Ă  ses cris. » Boucoiran annonce un rhume. Ma fille est enrhumĂ©e, dites-vous ? Si elle l’était trop, faites-lui le soir un lait d’amandes, vous avez ce petit talent ; mettez-y quelques gouttes d’eau de fleurs d’oranger, et une demi-once de sirop de gomme. » La jeune femme revient sur ces entrefaites, et peut annoncer Ă  sa mĂšre 29 dĂ©cembre 1829 les merveilles de ce petit prodige de quinze mois Ma fille commence Ă  parler anglais et Ă  marcher. Elle a une bonne qui lui parle espagnol et anglais. Si cela pouvait continuer, elle apprendrait plusieurs langues sans s’en apercevoir. » Mais cela ne continua pas. La jeune PĂ©pita Ă©tait malpropre et paresseuse, avec cela imprudente. Il fallut la renvoyer. Solange fut confiĂ©e Ă  la femme d’AndrĂ©, le domestique. Elle Ă©tait d’ailleurs belle comme un ange, blanche comme un cygne, et douce comme un agneau
 » Elle ressemble, dit-on, Ă  Maurice ; elle a de plus que lui une peau blanche comme la neige. » Maurice avait le teint bistrĂ©, des yeux bruns magnifiques, une superbe tĂȘte d’enfant. Plus ĂągĂ© que Solange de cinq ans, il occupait dĂ©jĂ  le crayon d’Aurore, qui tĂąchait de fixer sur le papier son caractĂšre de beautĂ© tout italien. De lĂ  des portraits envoyĂ©s Ă  Mme Maurice Dupin. Tels sont les placides passe-temps de la jeune Mme Dudevant, Ă  la veille de la RĂ©volution de 1830. L’annonce des journĂ©es de Juillet la bouleversa. L’énergie qui dormait au cƓur de la mĂšre se rĂ©veille soudain. Elle Ă©crit Ă  Boucoiran, alors Ă  Paris, le 31 juillet Je me sens une Ă©nergie que je ne croyais pas avoir. L’ñme se dĂ©veloppe avec les Ă©vĂ©nemens. On me prĂ©dirait que j’aurais demain la tĂȘte cassĂ©e, je dormirais quand mĂȘme cette nuit ; mais on saigne pour les autres. Ah ! que j’envie votre sort ! Vous n’avez pas d’enfant ! Vous ĂȘtes seul ; moi, je veille comme une louve sur mes petits. S’ils Ă©taient menacĂ©s, je me ferais mettre en piĂšces. » À ce cri frĂ©missant de la passion maternelle, succĂšde cet autre, qui annonce dĂ©jĂ , chez la jeune Berrichonne elle a vingt-six ans la future George Sand S’il ne fallait que mon sang et mon bien pour servir la libertĂ© ! Je ne puis pas consentir Ă  voir verser celui des autres, et nous nageons dans celui des autres ! » Mot qui fait dĂ©jĂ  songer Ă  celui d’une lettre Ă  Dumas, beaucoup plus tard Les autres, est-ce qu’il y en a, des autres ? » Cependant cet altruisme » naissant commençait, comme la charitĂ© bien ordonnĂ©e, par lui-mĂȘme. Il fallait s’affranchir, avant d’affranchir autrui. C’est de janvier 1831 que date la premiĂšre Ă©mancipation. On sait qu’à cette date, Aurore, armĂ©e de griefs sĂ©rieux contre son mari, passa un contrat avec lui, qui lui donnait licence de mener une existence en partie double, six mois de l’annĂ©e Ă  Paris et six mois Ă  Nohant, et de tenter Ă  ses risques la carriĂšre des lettres. La premiĂšre sĂ©paration coĂ»ta peu Ă  l’épouse, et pour cause ; elle coĂ»ta beaucoup Ă  la mĂšre. Je suis enfin libre, mais je suis loin de mes enfans[8]. » Cependant il le fallait. Le problĂšme sera maintenant, pour elle, d’accorder la passion littĂ©raire avec l’amour maternel, qui fut toujours chez elle, lui aussi, une vĂ©ritable passion. L’axe de sa vie est dĂ©sormais tracĂ© suivant cette ligne. D’instinct et de volontĂ© tout ensemble, elle le suivra, non sans faux pas momentanĂ©s, mais en reprenant vite son aplomb, par l’énergique manƓuvre de ce double balancier. DĂšs la premiĂšre fugue, elle jette ce rappel Ă  Maurice Solange parle-t-elle quelquefois de sa maman ? EmpĂȘche qu’elle ne m’oublie. » 25 janv. 1831. En avril, elle rentre au foyer. Je me porte tout Ă  fait bien, Ă©crit-elle Ă  sa mĂšre, depuis que j’ai revu mes enfans. Ce sont deux amours. Solange est devenue belle comme un ange. Il n’y a pas de rose assez fraĂźche pour vous donner une idĂ©e de sa fraĂźcheur. » Toutefois, le premier enchantement passĂ©, sa perspicacitĂ©, aiguisĂ©e par l’absence, lui montre vite la diffĂ©rence de ces deux amours. » À la mĂȘme, 31 mai 1831 Ma fille est belle et mauvaise, Maurice est maigre et bon
 Je gĂąte un peu ma grosse fille ; l’exemple de Maurice, qui est devenu si doux, me rassure pour l’avenir. » MĂȘme note, le 9 septembre Maurice est toujours maigre, sa sƓur toujours Ă©norme, Nohant toujours tranquille, La ChĂątre toujours bĂȘte. » Mais dĂ©jĂ  la sĂ©paration lui paraĂźt trop dure. DĂšs 1832 elle caresse l’idĂ©e d’emmener Ă  Paris au moins l’un de ses enfans. Ce sera Solange. Car, Ă  prendre Maurice, il faudrait emmener le prĂ©cepteur, chose impossible. Au reste, elle a commencĂ© elle-mĂȘme l’instruction de sa fille ; elle continuera, tout en Ă©crivant Indiana Solange est plus rose que jamais. J’espĂšre vous la conduire ce printemps. Elle est assez raisonnable pour faire un tour Ă  Paris avec moi ; vous verrez qu’elle est bien gentille et bien caressante ; mais vous serez effrayĂ©e de sa grosseur ; je voudrais bien la voir s’effiler un peu. » À Mme Dupin, 22 fĂ©v. 1832. Six semaines aprĂšs, Solange est Ă  Paris avec sa mĂšre, quai Saint-Michel. Elle a trois ans et demi. D’abord dĂ©sorientĂ©e, elle demande son compagnon de jeux, Maurice ; elle pleure quand elle voit son portrait, se console devant la girafe du Jardin des Plantes, rit, babille. Le matin, elle grimpe dans le lit oĂč George Sand s’attarde aprĂšs une nuit d’écriture. Puis elle court au balcon, voir les pots de fleurs le balcon de Jenny l’ouvriĂšre chez LĂ©lia ! [9] ; elle brise les plantes et les raccommode avec des pains Ă  cacheter, bref, elle fait ces adorables sottises que toute maman se complaĂźt Ă  raconter. BientĂŽt elle s’enhardit, et le fond de la nature reparaĂźt Solange commence Ă  s’accoutumer Ă  Paris et Ă  devenir mĂ©chante. Jusqu’à prĂ©sent elle Ă©tait si Ă©tonnĂ©e de tout ce qu’elle voyait, qu’elle ne pensait pas Ă  avoir des caprices. À prĂ©sent elle en a pas mal ; mais je ne lui cĂšde pas, et elle redevient gentille 17 mai 1832, Ă  Maurice. » Elle apprend Ă  lire ; elle est avide de savoir. L’étĂ© les ramĂšne Ă  Nohant, suivant les clauses du traitĂ©, et l’hiver les voit dans le nouveau logis du quai Malaquais, petit mais bien clos, fourrĂ© de tapis George Sand Ă©tait trĂšs frileuse, facile Ă  chauffer, et excellent pour travailler. » Travail littĂ©raire dĂ©jĂ  nocturne ; l’habitude en Ă©tait prise dĂšs avant la naissance de Solange. Maintenant fin 1832, Solange lit tous les jours, sort avec la bonne, demande Ă  aller au pestacle le spectacle prĂ©fĂ©rĂ© de la jeunesse et des artistes est alors Franconi ; une histoire complĂšte du romantisme devrait avoir un chapitre sur ce cirque littĂ©raire » ; entre temps, dit des impertinences, appelle un ami de sa mĂšre vieux bavard, vieille bĂȘte ; » au total, assez aimable, et fort divertissante. Sa mĂšre est obsĂ©dĂ©e, le jour, de visiteurs qu’attire le succĂšs inouĂŻ d’Indiana, de Valentine, et de la Marquise. Le soir je m’enferme avec mes plumes et mon encre, Solange, mon piano et mon feu. Avec cela, je passe de trĂšs bonnes heures
 Solange me donne plus de bonheur Ă  elle seule que tout le reste. Elle a fait de grands progrĂšs d’intelligence et de gentillesse depuis ces quatre mois. » 20 dĂ©cembre 1832. En mars 1833, George Sand fait venir Maurice de Nohant, et le met au lycĂ©e Henri IV il a prĂšs de dix ans. La mĂšre a donc ses deux enfans sous la main. LittĂ©rature et maternitĂ©, c’est bien son programme. Cela complique un peu la rĂ©daction de certains chapitres de LĂ©lia ; car, si Maurice n’a que la grippe Ă  Henri IV, Solange a la coqueluche au quai Malaquais, et la mĂšre fait la navette. Mais enfin les maladies cĂšdent, l’étĂ© de Nohant rĂ©tablit les santĂ©s, et la production littĂ©raire va toujours son train. L’hiver de 1833-1834 s’annonce laborieux et calme. Calme trompeur ! C’est durant cet hiver qu’éclata l’orage de passion, accompagnĂ© de scandales divers, qui bouleversa deux ans de cette existence aussitĂŽt aprĂšs, survinrent les luttes domestiques qui faillirent expulser la mĂšre de son propre foyer. Depuis le dĂ©but de dĂ©cembre 1833, date du dĂ©part pour Venise, jusqu’à la fin de juillet 1836, Ă©poque oĂč elle gagne son procĂšs contre son mari et recouvre sa libertĂ© avec la possession de ses enfans, George Sand ne sort d’une crise que pour retomber dans une autre. À l’éclat de sa fuite succĂšde celui de son retour. Puis ce sont les reprises de passion pour Musset, suivies d’accĂšs de dĂ©sespoir. En aoĂ»t-septembre 1834, George Sand est hantĂ©e par l’idĂ©e du suicide. Seule, la pensĂ©e de ses enfans l’en dĂ©tourne. Cette mĂȘme pensĂ©e ne l’a du reste pas quittĂ©e un seul instant, mĂȘme aux heures les plus tragiques du drame de Venise. Les lacunes de la Correspondance[10]doivent ĂȘtre ici complĂ©tĂ©es par le Journal, par les lettres Ă  Boucoiran, et les lettres inĂ©dites Ă  Maurice. Du fond de la chambre d’auberge oĂč elle improvise le SecrĂ©taire intime en janvier-fĂ©vrier, Leone Leoni en fĂ©vrier, AndrĂ© en mars, MĂ©tella vers avril, Jacques en mai-juin, et les Lettres d’un voyageur un peu Ă  tous les instans, en marge du reste, grĂące Ă  un labeur moyen de sept Ă  huit heures par jour, qui atteint parfois treize heures d’affilĂ©e[11], la mĂšre ne cesse de suivre ses deux enfans, demeurĂ©s l’un Ă  Nohant, l’autre Ă  Paris. Maurice, Ă  Paris, est sous la surveillance de sa grand’mĂšre et de Boucoiran ; Ă  l’occasion, de Papet. Il Ă©crit, elle lui rĂ©pond qu’il ne pleure pas, qu’il soit sage avec sa grand’mĂšre, etc. Écris-moi toujours de grandes lettres oĂč tu me raconteras tout
 Lave de temps en temps tes bonnes joues, entends-tu[12] ? » Elle est fiĂšre de son travail, de ses succĂšs, et jure qu’en dĂ©pit de tout elle sera rentrĂ©e pour la distribution des prix. Quant Ă  Solange, laissĂ©e Ă  Nohant aux soins de sa gouvernante et de son pĂšre, George Sand prie en outre son frĂšre Hippolyte Chatiron de veiller sur elle Engage Casimir M. Dudevant Ă  garder Solange et Ă  ne pas la mettre en pension avant mon retour 16 mars. » Et, Casimir ayant tĂ©moignĂ© autant de complaisance comme pĂšre qu’il en avait montrĂ© comme mari, elle exprime sa satisfaction Ă  Hippolyte Je suis enchantĂ©e que mon mari garde Solange Ă  Nohant 6 avril. » Le 31 aoĂ»t, au plus fort de la crise, ses adieux solennels Ă  Boucoiran sont traversĂ©s de ce soupir Solange est charmante, et je ne peux pas l’embrasser sans pleurer[13]. » Le 10 septembre, son adieu Ă  NĂ©raud revĂȘt cette forme romanesque ou elle se tuera, ou elle enlĂšvera sa fille pour aller vivre avec elle en ermite Ă  la Louisiane[14]. L’annĂ©e 1835, qui vit au printemps les derniĂšres convulsions du drame Sand-Musset, vit en automne les premiĂšres pĂ©ripĂ©ties du procĂšs Sand-Dudevant. La scĂšne violente qui fournit la base judiciaire de la demande en sĂ©paration, se passa Ă  Nohant, le 19 octobre. L’épouse outragĂ©e fut dĂšs lors intransigeante. Inflexible quant au but Ă  atteindre, d’ailleurs accommodante et mĂȘme gĂ©nĂ©reuse sur les conditions matĂ©rielles, elle ne pensait pas Ă  elle seule, mais Ă  ses enfans. À sa mĂšre, qui redoutait l’esclandre, elle rĂ©pond vertement Rien ne m’empĂȘchera de faire ce que je dois et ce que je veux faire. Je suis la fille de mon pĂšre, je me moque des prĂ©jugĂ©s
 Je me soucie peu de l’univers, je me soucie de Maurice et de Solange. » 25 octobre 1835. Et Ă  GuĂ©roult L’opinion publique est une prostituĂ©e qu’il faut mener Ă  grands coups de pied quand on a raison. » 9 novembre 1835. MenacĂ©e d’ĂȘtre dĂ©possĂ©dĂ©e de Nohant, son patrimoine, elle comptait bien cependant, avec sa terrible volontĂ©, s’y Ă©tablir avec sa fille, s’occuper de son Ă©ducation, et ne plus aller Ă  Paris que de temps Ă  autre pour voir sa mĂšre ainsi que son fils. » À sa mĂšre, 25 octobre. En attendant, elle doit fuir Nohant. Un instant, elle n’a plus de domicile Mon cher ami, — Ă©crit-elle Ă  GuĂ©roult, — hier j’avais une terre, un chĂąteau, un jardin, des serviteurs, des appartemens pour vous recevoir, une table pour vous rĂ©conforter. Aujourd’hui, je n’ai mĂȘme plus un domicile, et j’ai trouvĂ© un refuge chez Duteil Ă  La ChĂątre, jusqu’à ce que le tribunal vĂ©nĂ©rable de cĂ©ans ait dĂ©cidĂ© si je dois ĂȘtre injuriĂ©e et battue au nom de la morale publique et de la saintetĂ© du mariage, ou si une espĂšce d’argousin que le sort m’a donnĂ© pour maĂźtre doit dĂ©guerpir du pays et me laisser libre[15]. » Mais enfin elle obtient gain de cause. Le 26 fĂ©vrier 1836, elle peut Ă©crire Ă  Mme d’Agoult GrĂące Ă  Dieu, j’ai gagnĂ© mon procĂšs, et j’ai mes deux enfans Ă  moi. » Cependant elle craint des persĂ©cutions, du moins pour l’aĂźnĂ©, dĂ©jĂ  en Ăąge de comprendre et de souffrir. Elle affermit Maurice dans une lettre admirable Je crains que tu n’éprouves quelque chagrin Ă  cause de moi
Écris-moi. Sois courageux et ne crains rien ; c’est Ă  moi de souffrir Ă  ta place ; si l’on te persĂ©cute, je saurai bien te dĂ©fendre. Dis-moi tout. De prĂšs comme de loin mon amour veille sur toi ; tu es ce que j’ai de plus prĂ©cieux au monde. On m’arracherait plutĂŽt le cƓur de la poitrine que mes enfans de mes bras. Je suis malade, je ne t’écris qu’un mot, j’ai besoin de tes lettres pour vivre
 Nous ne faisons qu’un toi et moi ; quand tu payes la dette de mes amitiĂ©s, c’est comme si je la payais moi-mĂȘme. Adieu, mon enfant ; mon seul bonheur, ma seule espĂ©rance, c’est toi. De ta conduite d’aujourd’hui dĂ©pend peut-ĂȘtre tout notre avenir. [M. Dudevant Ă©tait alors Ă  Paris et visitait son fils au lycĂ©e.] Si tu te montres ferme dĂšs le commencement, on n’essayera plus de nous persĂ©cuter. Ne cĂšde ni aux sĂ©ductions, ni aux calomnies, ni aux menaces. Si on te maltraite, dis-le-moi tout de suite, je volerai prĂšs de toi[16]. LĂ -dessus, le mari faisait appel juin 1836. Nouvel obstacle, nouveau retard, d’ailleurs de peu de durĂ©e. Quelques concessions voient la fin des rĂ©sistances. 30 juillet ChĂšre maman, tout est terminĂ©, et je suis enfin tranquille et libre pour toujours. » — 1er aoĂ»t, Ă  Boucoiran Je suis Ă  Nohant depuis hier avec ma fille. Je prendrai Maurice au commencement de septembre, et j’irai faire un petit voyage Ă  GenĂšve, puis Ă  Lyon[17]. » Le voyage ainsi annoncĂ© Ă©tait celui qu’elle accomplit en effet, mais un peu plus tĂŽt fin aoĂ»t pour rejoindre le couple romanesque qui rééditait Ă  ses risques, sur le haut du SalĂšve, l’aventure de Venise, Liszt et Mme d’Agoult[18]. L’ivresse de l’indĂ©pendance et les joies maternelles firent de ce voyage une jouissance profondĂ©ment savourĂ©e. De retour Ă  Nohant en octobre, George Sand Ă©crivait aussitĂŽt Ă  Liszt Je n’ai plus d’autre passion que celle de la progĂ©niture. C’est une passion comme les autres, accompagnĂ©e d’orages, de bourrasques, de chagrins et de dĂ©ceptions. Mais elle a sur toutes les autres l’avantage de durer toujours, et de ne se rebuter de rien. » 16 oct. Ces bourrasques, » ces orages, » ne pouvaient point s’appliquer, dans sa pensĂ©e, Ă  Maurice ; ils s’appliquaient Ă©videmment, par prĂ©vision, Ă  cette fille qui avait Ă©tĂ© elle-mĂȘme bercĂ©e parmi les orages et les bourrasques de sa mĂšre, et dont il Ă©tait temps d’assurer l’éducation normale. Au reste, Ă  la date de 1836, cette Ă©ducation, en dĂ©pit des traverses, a dĂ©jĂ  commencĂ©. Nous n’avons plus qu’à la suivre en feuilletant les lettres de la mĂšre et de la fille. III Nous avons vu que George Sand dĂ©sirait, en mars 1834, que son mari ne mĂźt point Solange en pension. Elle-mĂȘme l’y mit dĂšs l’annĂ©e suivante, probablement au printemps. Les premiĂšres maĂźtresses de Solange furent les demoiselles Martin, deux Anglaises qui dirigeaient une institution dans le quartier Beaujon[19]. Solange fut leur Ă©lĂšve jusqu’au mois d’avril 1837. George Sand ne put guĂšre voir sa fille, et pour cause, entre le printemps de 1835 et l’étĂ© de 1836. Elle ne la nĂ©gligeait point pour cela, tĂ©moin cette lettre Ă  Maurice George Sand Ă  Maurice. Paris, 10 septembre 1835. 
 Tu me mandes que ta sƓur est plus sage, mais qu’elle pleure pour un rien. C’est peut-ĂȘtre que tu lui fais trop sentir ton autoritĂ©. Je t’ai recommandĂ© de la tenir un peu, mais non de la brutaliser et de lui faire de la peine. Tu sais qu’elle est trĂšs sensible aux paroles dures ; il faut la prendre par la douceur, et, quand tu ne peux en venir Ă  bout, il faut appeler ton pĂšre, ou sa bonne. Elle leur cĂ©dera plus volontiers qu’à toi, parce qu’elle te regarde comme un enfant ; et, si tu voulais trop faire le maĂźtre, tu diminuerais peut-ĂȘtre l’amitiĂ© qu’elle a pour toi. Songe que tu as des devoirs trĂšs grands envers elle. Ce sont les premiers de ta vie, mais ils dureront toute ta vie. Tu lui dois ta protection et tes conseils, mais des conseils doux, tendres, et propres Ă  la persuader. Ta plus grande affaire en ce monde est de te faire aimer d’elle. Elle est, tu le sais, d’un caractĂšre un peu singulier, trĂšs bonne, trĂšs aimante, mais trĂšs fiĂšre et trĂšs peu disposĂ©e Ă  se soumettre Ă  la force. Ce caractĂšre-lĂ  doit devenir trĂšs beau, si on le dĂ©veloppe par la persuasion et la tendresse ; mais il peut devenir trĂšs rude et trĂšs malheureux, si on le blesse. Sois donc occupĂ© Ă  toute heure, depuis ton lever jusqu’à ton coucher, du soin de te faire Ă©couter et croire. Ne lui dis que des choses vraies ; aie pour elle toutes les complaisances possibles. Fais un effort sur toi-mĂȘme, pour sacrifier ton plaisir au sien, afin que quand tu lui refuseras quelque chose, elle soit bien sĂ»re que c’est dans son avantage et non selon ton Ă©goĂŻsme que tu agis. C’est ainsi que tu te feras aimer et craindre en mĂȘme temps, et qu’elle t’obĂ©ira sans pleurer. Surtout ne la quitte pas, ne la laisse jamais courir sans toi avec les enfans du village ; et, si tu voyais quelque domestique la maltraiter, prends sa dĂ©fense, car les domestiques ne savent pas toujours gronder Ă  propos. Que l’autoritĂ© de Françoise sur elle se borne Ă  la tenir propre, et Ă  l’empĂȘcher de s’éloigner de la maison. Adieu, mon petit
 Je t’embrasse mille fois, mon cher mignon. Porte-toi bien, ne mange pas trop, et aime-moi autant que je t’aime, si tu peux. Ă  Solange. — Ma mignonne chĂ©rie, j’ai bien lu ta lettre. J’espĂšre que tu m’écriras aussi souvent que ton frĂšre, puisque tu sais Ă©crire de maniĂšre Ă  te faire comprendre. Je t’enverrai tout ce que tu m’as demandĂ© ; je te prie d’ĂȘtre bien sage, d’écouter ton petit frĂšre, et d’ĂȘtre sĂ»re qu’il t’aime autant que je t’aime, et que quand il te dĂ©fend une chose, c’est pour ton bien. Je serai bientĂŽt prĂšs de vous, et nous ferons les vendanges ensemble. Adieu, mon gros pigeon, je t’embrasse un million de fois[20]. Plusieurs petites lettres de Solange, de cette annĂ©e 1835, qu’elle a Ă©crites visiblement seule, prouvent qu’en effet elle sait Ă©crire de maniĂšre Ă  se faire comprendre. » Les rĂ©ponses de sa mĂšre sont perdues[21]. En voici une, datĂ©e du 10 mars 1836, jeudi George Sand Ă©tait Ă  La ChĂątre entre le premier procĂšs jugĂ©, et l’appel Solange Ă  sa mĂšre[22]. Bonjour, ma chĂšre maman, je voudrais bien savoir si tu es encore malade, parce que cela me fĂąche beaucoup. Tu me dis que ma lettre est trĂšs gentille ; mais la tienne est beaucoup plus jolie si tu n’es plus malade, tu peux venir Ă  Paris, pour que je te donne tes Ă©trennes, parce qu’elles sont bien jolies. Tu es bien mignonne de baiser ma robe et mes souliers bleus, et de m’avoir arrangĂ© mon lit parce qu’il Ă©tait trop petit
 Adieu, mĂšre chĂ©rie, je te rends encore tes [baisers] mil 502 cents mil fois. Ta fille chĂ©rie, Solange Dudevant. Solange voyait son frĂšre Ă  Paris le dimanche, aux jours de sortie d’Henri IV. Elle voyait Ă©galement son pĂšre, pendant et aprĂšs le procĂšs. La dĂ©cision de juillet 1836, qui confiait l’éducation des deux enfans Ă  la mĂšre, n’excluait nullement les visites du pĂšre. George Sand n’avait fait le procĂšs qu’au mari. Elle respecta toujours le pĂšre, et s’abstint de tout ce qui pouvait le diminuer aux yeux de son fils et de sa fille. M. Dudevant continua donc ses rapports avec Maurice et Solange ; il put toujours, Ă  toute Ă©poque de sa vie, donner cours Ă  ses sentimens envers ses enfans. Aussi ceux-ci parlent-ils librement de leur pĂšre Ă  leur mĂšre, et la mĂšre leur rĂ©pond-elle avec la mĂȘme libertĂ© Bonjour, ma chĂšre maman, comment te portes-tu ? Tu m’as demandĂ© si mon papa avait changĂ© de logement ; oui. » De Solange, 30 janvier 1836. Solange Ă  sa mĂšre, 20 mai 4836. Au haut de la lettre, une pensĂ©e attachĂ©e d’un fil blanc et les mots Pensez Ă  moi. » Au bas, petit dessin qui prĂ©tend reprĂ©senter une Ă©clipse. ] Bonjour, ma chĂšre maman, comment te portes-tu ? Je me porte trĂšs bien. Je suis trĂšs contente que tu sois en bonne santĂ©, parce que je ne veux pas que tu sois malade. Je te raconterai les choses que je sais. Je serai trĂšs sage. J’ai vu l’éclipse, que tu verras Ă  la fin de ma lettre comme je l’ai vue ; je te demande si je peux ĂŽter ma flanelle, parce que c’est l’étĂ©. Mme de Rochemur aurait bien voulu me faire sortir le 17 mai, mais miss Martin n’a pas voulu[23]et Mme de Rochemur m’a dit de te dire bien des choses de sa part
 J’ai jouĂ© au concert et ma maĂźtresse de piano a Ă©tĂ© trĂšs contente de moi
 Je t’aime plus que mon Ăąme ; je serai trĂšs bonne. J’ai autant de plaisir Ă  te voir que tu en as pour me voir. Moi je t’embrasse mille cents mille cinquante, etc. [c’est la formule de Solange]. Solange Dudevant. George Sand Ă  Solange rĂ©ponse. Ma chĂšre mignonne, vous ĂȘtes un petit ange. Vous m’avez Ă©crit une lettre charmante. Pourriez-vous me donner votre parole d’honneur d’avoir mis l’orthographe vous-mĂȘme ? Si cela Ă©tait, je serais bien, bien, bien contente de toi. Je vois aussi que tu as trĂšs bien regardĂ© l’éclipse, et que tu en as fait le portrait fidĂšlement. Enfin tu as bien jouĂ© au concert. Tout cela me fait le plus grand plaisir, et j’espĂšre que ta plus grande rĂ©compense c’est de donner du bonheur Ă  ta vieille mĂšre qui pense Ă  toi toute la journĂ©e et qui rĂȘve Ă  toi toute la nuit. Je vais Ă©crire Ă  Maurice combien tu es sage et laborieuse. Cela lui donnera presque autant de joie qu’à moi, car aprĂšs moi il n’y a personne qui t’aime plus que l’on frĂšre. Adieu, fille chĂ©rie, je te verrai bientĂŽt, j’espĂšre. Embrasse pour moi ces dames [Mlle Martin], qui ont si bien soin de toi et qui te font faire tant de progrĂšs. I should be very glad if you would write me a few words in English, Good night, little dear. I love you. Ta mignonne. Ces dames ĂŽteront ta flanelle, quand elles jugeront Ă  propos. Il fait encore un peu froid ici[24]. George Sand Ă  Solange. Billet non datĂ© dĂ©but de juillet 1836. Ma chĂšre poule, je t’aime de toute mon Ăąme. Je suis bien contente quand tu m’écris. Ce sont des jours de bonheur pour moi. Ainsi, Ă©cris-moi souvent. Ton frĂšre me donne souvent de tes nouvelles. Il t’aime bien aussi, lui. Si tu ne nous aimais pas tous les deux, tu serais une petite ingrate. Te portes-tu bien, mon cher ange, et es-tu toujours sage ? Nous nous verrons bientĂŽt. Adieu, chĂ©rie, je t’embrasse mille fois. — Ta vieille[25]. Sur ces entrefaites, la conclusion dĂ©finitive du procĂšs jette les enfans dans les bras de la mĂšre. Celle-ci les emporte jalousement dans sa retraite favorite Je suis maintenant avec mes enfans dans la chĂšre VallĂ©e Noire. » 18 aoĂ»t 1836. LĂ , dĂ©tente complĂšte. George Sand est bĂȘte comme une oie, » dort, bricole, arrange des devans de cheminĂ©e, fume son narghilĂ©, » conte des contes Ă  Solange, bref, savoure un instant le calme avec la sĂ©curitĂ©[26]. Vint ensuite le voyage de GenĂšve. La rentrĂ©e s’effectua au dĂ©but d’octobre Ă  Nohant, et, sans doute, peu aprĂšs Ă  Henri IV et au quartier Beaujon. Ces rayonnantes vacances rendirent-elles l’internat plus pĂ©nible Ă  Solange, aprĂšs toutes les gĂąteries dont elle fut comblĂ©e par sa mĂšre et par Mme d’Agoult ? Il est fort probable. DĂšs le dĂ©but de l’annĂ©e 1837, George Sand est obligĂ©e d’entrecouper ses encouragemens de mercuriales. George Sand Ă  Solange. Non datĂ©e dĂ©but de 1837. Ma chĂšre enfant, j’espĂšre que tu as rĂ©flĂ©chi Ă  tes torts, et que tu es dĂ©cidĂ©e Ă  te mieux conduire avec moi et avec ton frĂšre Ă  l’avenir. Tu as un bon cƓur, mais beaucoup trop de violence dans le caractĂšre. Tu as de l’intelligence, et tu deviens grande. Il est temps de travailler toi-mĂȘme Ă  te corriger. Je sais que Mesdames Martin ne sont pas trĂšs contentes de toi[27]. Je t’avertis que tu ne sortiras le samedi qu’autant que ces dames me rendront bon compte de ta conduite de la semaine. Je ne peux plus te traiter en enfant, ma chĂšre fille. Ce serait un mauvais service Ă  te rendre. Fais un effort sur toi-mĂȘme, sois bonne, sois laborieuse, et, quand tu seras contente de toi, quand tu auras donnĂ© de la joie Ă  ceux qui t’aiment, tu seras heureuse et le bon Dieu te bĂ©nira. Tu m’as dit avant-hier que tu le priais tous les jours de bien bon cƓur. Prie-le de t’aider Ă  vaincre tes dĂ©fauts, et pense souvent Ă  lui. Pense bien aussi que quand je te punis je souffre plus que toi, et que c’est bien mal de faire souffrir sa mĂšre. Adieu, j’irai te voir dans la semaine. RĂ©ponds-moi deux mois et promets-moi de rĂ©parer tes torts. Tu le veux, n’est-ce pas ? Solange promit, et essaya de tenir. Sur ces entrefaites, Maurice tomba malade. La croissance et l’internat l’avaient Ă©galement Ă©prouvĂ©, et, peut-ĂȘtre plus encore, certaines conversations avec son pĂšre. Celui-ci, peu dĂ©licat, avait parlĂ© Ă  Maurice de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec sa mĂšre en termes qui l’avaient touchĂ© au point le plus sensible. George Sand accourut reprendre Maurice au lycĂ©e, et reprocha justement Ă  son mari ce manque de tact. DĂšs lors, sa sollicitude pour Maurice s’accrut. L’instinct de Solange ne fut point sans l’en avertir. Une obscure jalousie se devine souvent dans ses petites lettres Ă  son frĂšre, d’ailleurs trĂšs affectueuses. Mais quoi ! n’était-il pas Ă  Nohant, c’est-Ă -dire au paradis, tandis qu’elle languissait en pension ? George Sand Ă  Solange. ChĂšre mignonne, j’ai reçu ta lettre et je te remercie d’avoir pensĂ© Ă  remplir ta promesse. Tu me dis que tu es bien contente de sortir chez Caron[28]. Ton papa est donc dans son nouveau logement ? Es-tu bien gentille avec lui, et bien sage Ă  ta pension ? Travailles-tu ? Ton frĂšre a trĂšs bien fait son voyage. Il se porte beaucoup mieux. Il couche dans ma chambre et ne me quitte pas. Je l’empĂȘche d’ĂȘtre gourmand et de se coucher tard. Avec cela, j’espĂšre qu’il guĂ©rira bien vite. Nous attendons le prĂ©cepteur qui lui donnera des leçons [M. Bourgoin]. Tous nos filleuls et filleules se portent bien. Tes joujoux sont bien rangĂ©s et bien serrĂ©s dans la chambre de ton frĂšre. Nous demeurons dans la chambre du haut oĂč demeurait autrefois LĂ©ontine [la fille d’Hipp. Chatiron]. Nous y sommes mieux qu’en bas. Tu y auras ton lit quand tu viendras avec nous. Adieu, chĂ©rie, nous ne serons tout Ă  faits contens, ton frĂšre et moi, que quand nous aurons notre grosse entre nous deux Ă  table, en voiture et au jardin
 On nous a demandĂ© de tes nouvelles Ă  Bourges. Ton frĂšre va te parler de tes amis. Je le laisse continuer la lettre et je t’embrasse un million de fois. Écris-nous souvent. Ta mignonne. À la mĂȘme. FĂ©vrier 1837. Ta lettre est gentille et mignonne comme toi, ma chĂšre poule. Tu es bien aimable de nous Ă©crire toi-mĂȘme. C’est comme cela que j’aime tes lettres. Continue Ă  nous Ă©crire souvent et Ă  nous dire tout ce qui te passe par la tĂȘte. Tu as donc eu la grippe, ma pauvre grosse ? Tu me dis que ce n’est rien il paraĂźt que tu ne l’as pas eue bien fort. MalgrĂ© cela, si je l’avais su, j’aurais Ă©tĂ© bien inquiĂšte. Penses-tu Ă  nous, ma chĂ©rie ? Nous parlons de toi tous les jours, ton frĂšre et moi ; Ă  propos de tout nous nommons notre Solange et nous finissons toujours par dire Quand sera-t-elle lĂ  ? Quand ne la quitterons-nous plus ? DĂ©pĂȘche-toi de travailler, afin que nous puissions nous rĂ©unir pour toujours. Ton frĂšre ne va pas mal, mais il n’est pas bien fort. Il ne sort que depuis deux jours, et encore c’est avec bien des prĂ©cautions
 J’ai tellement peur qu’il ne retombe malade, que je ne le quitte pas, et que je n’ai pas encore mis les pieds hors de la maison depuis que je suis revenue ici. Tout le monde est venu me voir et me demander de tes nouvelles. Mme d’Agoult est ici. Elle t’aime beaucoup, et parle aussi de toi fort souvent. Elle me charge de t’embrasser bien fort. Ta pauvre Lucette [paysanne, camarade de Solange] commence Ă  aller mieux ; elle a eu la fiĂšvre tout l’hiver. Son pĂšre est mort, elle a eu bien du chagrin, la pauvre petite. Je l’ai fait venir Ă  la maison, et Maurice joue avec elle aux heures de sa rĂ©crĂ©ation, car il prend deux grandes leçons par jour, une depuis neuf heures jusqu’à midi, la seconde depuis deux heures Ă  cinq heures. Le soir il dessine, et je lui fais la lecture. Ce soir il s’est mis Ă  Ă©crire un roman qui nous a fait mourir de rire. Il y a dedans un homme qui ne fait qu’ouvrir et fermer la porte. Il te le lira quand tu seras ici, s’il ne le jette pas au feu un de ces jours. Son filleul Maurice est tout gros et tout rond. Il nous cueille des violettes toute la journĂ©e. La grue est dans le jardin avec lui ; elle est deux fois plus grande. Je laisse ton frĂšre continuer. Bonsoir, ma bonne grosse. Travaille bien, je t’en prie ; pense Ă  ta vieille. À toute heure du jour et de la nuit tu peux ĂȘtre sĂ»re que je m’imagine ĂȘtre prĂšs de toi, soit en rĂȘve soit en pensĂ©e
 Je t’embrasse mille fois, mon cher baron[29]. Porte-toi bien et Ă©cris-nous. Ta mignonne qui t’aime. Deux mois aprĂšs, George Sand retirait Solange de l’institution Martin. Les progrĂšs lui paraissaient-ils un peu lents, la direction pas assez ferme ? Il est fort probable. Les lettres de Mlle Martin ne dĂ©notent point les qualitĂ©s qu’accuseront plus tard celles de Mme Bascans. George Sand avait d’ailleurs trouvĂ©, auprĂšs d’elle, une gouvernante selon son cƓur dans la personne de Marie-Louise Rollinat[30], la sƓur de ce François Rollinat auquel elle Ă©tait si profondĂ©ment attachĂ©e. VoilĂ  Solange rendue Ă  la vie de Nohant et George Sand entourĂ©e de ses enfans et de leurs maĂźtres. Plusieurs mois se passent dans le calme. Puis, coup sur coup, George Sand perd sa mĂšre, et M. Dudevant profite d’une absence de sa femme pour enlever de vive force sa fille, malgrĂ© la rĂ©sistance de Mlle Rollinat. George Sand court aprĂšs lui, Ă  Guillery, et met la marĂ©chaussĂ©e Ă  ses trousses. Les dĂ©tails de cette reprise, opĂ©rĂ©e par la force armĂ©e, se trouvent dans la correspondance imprimĂ©e lettre Ă  Duteil du 30 septembre 1837. George Sand trouva sa fille sans peur, excitĂ©e par le sentiment du danger, presque fougueuse. Nature d’aigle ! » s’écrie-t-elle. Dans une autre circonstance elle avait dĂ©jĂ  notĂ© cette bravoure innĂ©e. La lettre imprimĂ©e de la mĂšre doit ĂȘtre complĂ©tĂ©e par ce barbouillage d’enfant, griffonnĂ© en chaise de poste, document vĂ©ridique Ă  l’orthographe prĂšs de cette mĂ©morable aventure. Solange Ă  son frĂšre Mon cher petit mignon, ne pleure pas, je suis retrouvĂ©e. Ne te dĂ©sole pas. Pour me rendre Ă  maman il y avait trois gendarmes bien mignons, un petit pas vieux, Mallefille, le sous-prĂ©fet, l’huissier, et [un] bien, bien, bien vieux officier de gendarmerie. T’avais dit, Ă  Mallefille de nous ramener toutes deux ; il te tient promesse, car il nous amĂšne toutes deux. Mon pĂšre Ă©tait en colĂšre quand il a vu les gendarmes. J’ai Ă©tĂ© aux PyrĂ©nĂ©es. J’ai vu la brĂšche de Roland. J’ai Ă©tĂ© Ă  cheval au galop. J’arrive en grande poste avec trois chevaux pour te voir et te biger Ă  mon aise, n’est-ce pas, mon gros mignon ? À Lourdes, [les] maisons et les ponts sont bĂątis en marbre. J’ai [vu] le MarborĂ© et des cascades de 12 et de 6 pieds. Adieu, mon mignon, porte-toi bien. AprĂšs cette alerte, George Sand n’eut pas le courage de se sĂ©parer tout de suite de sa fille. Solange et Maurice vont vivre ainsi trois ans cĂŽte Ă  cĂŽte, tantĂŽt Ă  Nohant, tantĂŽt Ă  Paris, partageant la vie de leur mĂšre, en familiaritĂ© avec ses amis. Ils voient Sainte-Beuve, Calamatta, Delacroix, Charpentier, et bientĂŽt aprĂšs Chopin. Calamatta, qui a dessinĂ© et gravĂ© le portrait de George Sand, veut aussi faire celui de Solange mai 1837. Charpentier, qui expose au Salon de 1839, le trĂšs beau portrait[31]dont s’est inspirĂ© M. Sicard pour la charmante statue du Luxembourg, donne Ă  ce portrait deux pendans, et peint aussi Maurice et Solange[32]. De Sainte-Beuve et de Delacroix, Solange avait conservĂ© deux souvenirs, l’un dĂ©sagrĂ©able, l’autre pittoresque. Un jour elle entre avec sa mĂšre chez Sainte-Beuve. Celui-ci la regarde curieusement. L’enfant rit ; elle avait une grande bouche, et perdait ses dents. Vous ferez bien d’ĂȘtre bonne, dit Sainte-Beuve, car vous ne serez jamais belle. » Le mot ne lui fut pas vite pardonnĂ©. Quant Ă  Delacroix, il peignait alors le portrait de George Sand aux cheveux flottans, qui appartient Ă  Mme Buloz. Un jour que la fillette accompagnait sa mĂšre, il considĂ©ra attentivement sa physionomie. Mais elle serait trĂšs bien, dit-il, s’il ne lui manquait
 » et son doigt indiquait l’arcade sourciliĂšre Il faut une ombre, lĂ  ! » Il saisit un pinceau chargĂ© de brun, et, en deux traits, improvisa deux magnifiques sourcils. Depuis, disait plaisamment Solange Ă  soixante-dix ans, par respect pour Delacroix, j’en ai toujours portĂ©. » Chopin, qui semble avoir Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  George Sand dĂšs 1837, fut rencontrĂ© par elle dans l’espĂšce de salon littĂ©raire que Mme d’Agoult tenait alors Ă  l’HĂŽtel de France, Ă  son retour du LĂ©man. Les relations s’établirent trĂšs vite, au courant de l’hiver 1837-1838. Nous en verrons ailleurs la suite. Solange ne semble pas avoir vu d’abord d’un bon Ɠil ce nouveau venu, qui, malgrĂ© sa timiditĂ© et sa douceur, tenait dĂ©jĂ  chez sa mĂšre une place envahissante. L’artiste Ă©tait alors l’idole des salons. Son succĂšs foudroyant Ă©tait capable de briser une organisation moins frĂȘle que la sienne. George Sand le vit plier sous la gloire, comme d’autres sous le malheur. Son fils n’était pas non plus trĂšs vaillant. Il souffrait d’un commencement d’hypertrophie du cƓur. Elle prit une grande rĂ©solution[33] emmener les deux malades, et la florissante Solange par-dessus le marchĂ©, dans quelque contrĂ©e mĂ©ridionale et romantique. De lĂ  le fameux voyage de Majorque ; voyage qui faillit mal tourner pour Chopin, mais qui rĂ©ussit Ă  Maurice, et qui valut, aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes, les admirables pages sur la chartreuse de Valdemosa. Quant aux admirateurs de Chopin, ils durent Ă  la dĂ©tresse physique de l’artiste les beautĂ©s navrantes de ses PrĂ©ludes, conçus au milieu de vĂ©ritables hallucinations. Cette grande nature sauvage Ă©crasait le dĂ©bile artiste, qui d’ailleurs, Ă  cette date, n’en aurait pas moins crachĂ© le sang sous le ciel le plus riant. GlacĂ©e de terreur, George Sand lui prodiguait ses soins. Elle le ramena, au dĂ©but de 1839, dĂšs qu’il lui fut loisible. Chopin se rĂ©tablit lentement, et pĂ©niblement, mais il traĂźna toujours. Les soins exceptionnels dont George Sand l’entoura depuis cette Ă©poque jusqu’au printemps de 1847 prolongĂšrent sĂ»rement sa vie au-delĂ  de ce qu’on pouvait espĂ©rer aprĂšs une telle crise[34]. Cependant Solange grandissait. Sa santĂ© continuait Ă  ĂȘtre splendide. Un jour d’aoĂ»t 1840 elle n’avait pas tout Ă  fait douze ans, elle se promenait aux Champs-ElysĂ©es avec Chopin et Mme de Bonnechose. Devant une bascule, il prit fantaisie aux promeneurs de se peser Solange pesait 84 livres, et le pauvre Chopin 97 ! Elle prospĂ©rait donc, mais ne travaillait guĂšre. Je crois bien, Ă©crit sa mĂšre Ă  Maurice, que je serai forcĂ©e de la mettre en pension si elle ne veut pas travailler. Elle me ruine en maĂźtres qui ne servent Ă  rien[35]. » Mlle Rollinat n’est plus auprĂšs de Solange. Une Genevoise, Mlle Suez, lui a succĂ©dĂ©[36]. Cette personne avait Ă©tĂ© recommandĂ©e Ă  George Sand par Mlle de RoziĂšres celle-ci, ancienne Ă©lĂšve de Chopin, Ă©tait la maĂźtresse de piano de Solange. Un ami, essaya de dĂ©tourner George Sand de ce nouveau projet. Elle rĂ©futa ses objections J’ai changĂ© d’avis depuis hier, mon ami, et je suis bien dĂ©cidĂ©e, quoi que vous m’ayez dit, Ă  ne plus garder Mlle Suez. Je mettrai donc Solange en pension. Ce n’est pas que j’aie grand goĂ»t, — par souvenir sans doute, — pour ces Ă©ducations en commun oĂč l’instruction est dispensĂ©e, parfois sans grande intelligence, Ă  une quantitĂ© d’enfans qui la reçoivent et s’en pĂ©nĂštrent comme elles peuvent
 Mais, en y songeant bien, c’est le seul parti raisonnable. Solange ne fait rien chez moi, et son institutrice a Ă©puisĂ© ses peines Ă  la vouloir diriger comme je l’entendais. Quant Ă  penser Ă  lui donner moi-mĂȘme des leçons, ainsi que je l’avais d’abord entrepris, c’est le dernier moyen que je veuille employer aujourd’hui. Je m’userais, moi aussi, Ă  vouloir obtenir d’elle moins de lĂ©gĂšretĂ© et plus d’attention. Il n’est point d’ailleurs, selon moi, de pire institutrice qu’une mĂšre ; nous n’avons en nous, tant nous sommes dĂ©sireuses de voir progresser nos enfans, ni le calme ni le sang-froid nĂ©cessaires pour savoir modĂ©rer nos prĂ©ceptes, graduer nos leçons, et surtout contenir nos impatiences. L’esprit de Solange est, d’ailleurs, devenu trop indĂ©pendant pour que je puisse espĂ©rer reprendre sur lui une domination que je n’avais jamais complĂštement exercĂ©e. 
 Soyez bien persuadĂ© cependant qu’en confiant son Ă©ducation Ă  des Ă©trangers, et hors de chez moi, je surveillerai le programme de son propre travail. Je ne veux pas qu’on la fatigue, ni qu’on remplisse de trop de choses son esprit si impressionnable ; je ne veux pas non plus qu’on la pousse trop en dehors des voies de la philosophie et de la religion naturelle, et j’entends qu’elle reçoive une Ă©ducation religieuse qui ne soit ni routiniĂšre, ni absurde. L’image de Dieu a Ă©tĂ© entourĂ©e par le culte de tant de subterfuges et d’inventions Ă©tranges que je dĂ©sire qu’autant que possible sa pensĂ©e n’en soit pas imprĂ©gnĂ©e. Je tolĂ©rerai qu’elle suive, mais seulement jusqu’à sa premiĂšre communion, les exercices de piĂ©tĂ© en usage dans la maison. Le mysticisme dont la religion, ainsi qu’on nous la prĂ©sente, a enveloppĂ© la figure sublime du Christ, dĂ©nature tout Ă  fait les causes premiĂšres de la grande mission qu’il avait Ă  remplir sur la terre, mission qu’on a travestie pour la faire servir Ă  des intĂ©rĂȘts et Ă  des passions de toutes sortes. L’étude philosophique et vraie de sa vie a dĂ©montrĂ©, au contraire, le nĂ©ant de la plupart des traditions qui sont venues jusqu’à nous sous son nom, et je ne veux pas pour Solange d’un enseignement de ce genre trop prolongĂ©, et dans lequel elle pourrait puiser, et conserver dans un Ăąge plus avancĂ©, des principes d’exclusivisme et d’intolĂ©rance dont je crois qu’il est de mon devoir de la garantir[37]. C’était lĂ  tout un programme. Mais oĂč trouver une personne capable, sinon de l’appliquer Ă  la lettre, du moins d’en respecter l’esprit ? George Sand chercha, et, aprĂšs un bref tĂątonnement, trouva. Solange ne fit donc que traverser l’institution de Mme HĂ©reau, situĂ©e au boulevard extĂ©rieur Monceau, n° 46, entre la fin de 1840 et le dĂ©but de 1841. Nous avons un bulletin du mois de janvier 1841. DĂšs le printemps de 1841, elle Ă©tait pensionnaire de l’institution Bascans-Lagut, rue de Chaillot, 70, oĂč elle passa trois annĂ©es pleines. Ces trois annĂ©es font Ă©poque dans l’histoire de sa formation intellectuelle et morale. C’est lĂ  seulement que Solange connut un peu la vertu de l’effort, et qu’elle se disciplina, » au moins pour un temps, et dans la mesure oĂč son invincible nature Ă©tait capable de discipline. IV La figure de Mme Bascans mĂ©riterait de nous arrĂȘter un instant, si elle n’avait Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e dans le livre de piĂ©tĂ© quasi filiale auquel nous avons empruntĂ© la lettre qui prĂ©cĂšde. Rien de ce qui s’y trouve dit Ă  l’avantage de Mme Bascans et de son mari n’est exagĂ©rĂ©. TĂȘte, cƓur et volontĂ©, tout Ă©tait Ă©minent chez cette femme, qui accepta de George Sand des rĂ©flexions » Ă©pistolaires, mais non pas des conseils, et qui sut parfois lui faire entendre un avis indĂ©pendant[38]. Elle eut vite vu clair dans le caractĂšre de Solange d’ailleurs admirablement signalĂ© par sa mĂšre dans mainte lettre aux Ă©poux Bascans, et elle sut si bien la prendre qu’elle s’attira la docilitĂ© d’abord, puis l’affection et l’éternelle reconnaissance de son Ă©lĂšve. Son mari, qui professait chez elle l’histoire, la morale et la littĂ©rature, Ă©tait un ancien journaliste de l’opposition, esprit Ă©nergique et rude, conscience fiĂšre, libĂ©ral impĂ©nitent. Solange ne suivait pas seulement les cours qu’il faisait Ă  toute la classe. Elle prenait avec lui des leçons particuliĂšres ; George Sand avait voulu pour elle la combinaison des deux cultures, et ses raisons Ă©taient excellentes L’éducation gĂ©nĂ©rale m’a paru nĂ©cessaire Ă  ma fille, dont l’humeur sauvage et fiĂšre eĂ»t pris des habitudes excentriques. L’effet de cette Ă©ducation sur elle est donc bon sous le cĂŽtĂ© moral, mais nul, ou peu s’en faut, sous le rapport intellectuel [Ă  cause de la paresse de Solange] ; et, comme il est bien urgent de dĂ©velopper simultanĂ©ment les deux puissances, Solange ne peut pas se passer de bonnes leçons particuliĂšres, les plus longues et les plus frĂ©quentes possible
 Je vous demande peut-ĂȘtre beaucoup, mais je suis sĂ»re pourtant que vous m’aiderez Ă  cultiver cette terre forte un peu fortement[39]. Solange, dans ces tĂȘte-Ă -tĂȘte oĂč sa nonchalance recevait les plus rudes assauts, approfondissait certaines pĂ©riodes de l’histoire, apprenait du latin, lisait l’EnĂ©ide en traduction, Ă©coutait M. Bascans lire et commenter la Divine ComĂ©die, voire s’entretenait avec lui du Christ en lisant les Évangiles Mon cher monsieur Bascans, nous voici dans la semaine sainte
 Solange est bien plus sceptique que je ne le voudrais. Je crois donc que la vue de toutes ces cĂ©rĂ©monies
 est d’un mauvais effet sur elle. Je craindrais que cette vue ne dĂ©truisĂźt Ă  jamais en elle le germe d’enthousiasme que j’ai tĂąchĂ© d’y mettre pour la mission et la parole de JĂ©sus, si singuliĂšrement expliquĂ©es dans les Ă©glises. Je vous prie donc de la tenir Ă  la maison pendant toutes ces dĂ©votions
 Cependant, s’il entrait dans vos vues, comme je vous l’avais demandĂ© l’annĂ©e derniĂšre, de lui expliquer la philosophie du Christ, de l’attendrir Ă  ce beau poĂšme de la vie et de la mort de l’homme divin, de lui prĂ©senter l’Évangile comme la doctrine de l’égalitĂ©, enfin de commenter avec elle ces Évangiles si scandaleusement altĂ©rĂ©s dans la traduction catholique, et si admirablement rĂ©habilitĂ©s dans le Livre de l’humanitĂ© de Pierre Leroux, ce serait lĂ  pour elle la vĂ©ritable instruction religieuse dont je dĂ©sirerais qu’elle profitĂąt durant la semaine sainte, et tous les jours de sa vie. Mais cette instruction ne peut lui venir que de vous, non des comĂ©diens sacrĂ©s, » sanctos sanniones, comme disaient les Hussites[40]
 Prise ainsi par le cƓur et par l’esprit, Solange, nature non pas profonde mais ardente et mĂȘme enthousiaste, ne pouvait que s’attacher Ă  de tels maĂźtres. Elle fit de Mme Bascans la marraine de sa petite Jeanne ; Ă  la mort de M. Bascans elle Ă©crivit Ă  sa veuve, sur son mari, une trĂšs noble lettre[41], oĂč elle fait un mea culpa rĂ©trospectif. Tout cela est fort Ă  son honneur. Écoutons maintenant le dialogue de la mĂšre et de la fille. Solange Ă  sa mĂšre 1841. Maman, je te demande pardon d’avoir Ă©tĂ© si entĂȘtĂ©e lundi. Je t’assure que cela ne m’arrivera plus. Je m’en repens beaucoup parce que cela t’a fait de la peine. Je te promets de changer mon caractĂšre indocile. Je vais m’appliquer Ă  faire tous mes devoirs pour M. Bascans. J’ai eu ce matin Ă  mes leçons un parfait et un trĂšs bien
 Adieu, ma bonne mĂšre. J’espĂšre en ton pardon, et je t’embrasse comme je t’aime. — Solange Sand [Elle ne signe plus Solange Dudevant.] À la mĂȘme. 20 juillet 1841, mardi. Ma Ninonne, ne t’inquiĂšte plus de ma sagesse, car je tiens mes promesses. Tu es bien mignonne de m’avoir envoyĂ© des fleurs[42] ; quand je serai Ă  Nohant je t’en ferai aussi. En attendant, je t’en envoie de sĂšches [des pensĂ©es jaunies sont encore dans l’enveloppe]
 Je suis sage, je le serai toujours, ma chĂšre mĂšre. Moi qui Ă©tais si paresseuse Ă  la maison que j’en ai honte, maintenant je suis devenue pas prĂ©cisĂ©ment studieuse, parce que le travail ne m’amuse pas encore ; mais je le suis beaucoup moins, et mĂȘme je travaille bien
 D’ailleurs, ce serait bien mal Ă  moi d’ĂȘtre paresseuse, car je n’irais pas te voir Ă  Nohant. Et, comme je t’aime autant que tu m’aimes, je dĂ©sire autant que possible d’aller avec toi
 Toutes les lettres de Solange ne sont pas des actes de contrition. Mais il y en a plusieurs, ce qui est beaucoup pour elle. La note qui revient, en revanche, avec une persistance presque attendrissante, c’est la tristesse de la sĂ©paration, l’ennui amer, l’obsĂ©dante pensĂ©e des ĂȘtres qui lui sont chers et qui sont loin d’elle sa mĂšre d’abord, — elle avant tout, elle toujours ! — puis son Didion Maurice, puis sa camarade paysanne, la Luce, puis les animaux familiers, son chien Pistolet, les petits chiens, et enfin les hĂŽtes de Nohant, Chopin, etc. D’autres fois, elle bavarde, se grise de grosses bĂȘtises comme on en inventait beaucoup Ă  Nohant, oĂč la gaietĂ© ne chĂŽma jamais. George Sand Ă  Solange billet, 1841. Tu es une grosse farceuse, une grosse blagueuse, une grosse baveuse, avec tes contes. Je sais que tu es sage et mignonne, et je vas te biger et te bien manger. Adieu. Je t’écris sur une jambe, aprĂšs le concert de Pauline Mme Viardot, oĂč elle a eu un grand succĂšs et un dĂ©luge de bouquets. Nous nous habillons et nous courons dĂźner en ville. Adieu, mine, grosse mine, grosse chĂ©rie. À la mĂȘme 1841. Tu m’écris une petite lettre passablement bĂȘte[43]. Je ne crois pas Ă  ce grand ennui qui t’accable, et dont tu ne penses pas un mot. C’est un genre de pensionnaire, que je connais. À mon couvent, on disait de mĂȘme ; et, quand je sortais, je m’ennuyais encore plus de ne rien faire. D’ailleurs, comme on peut toujours Ă©chapper Ă  l’ennui en travaillant, je te conseille de te dĂ©sennuyer toi-mĂȘme. Pour moi, cela ne m’attendrit pas ; et, comme les personnes ennuyĂ©es sont toujours ennuyeuses, quand tu voudras que j’aille te voir, tu feras bien de ne pas user de ce moyen-lĂ . 
 Je ne peux pas te donner un trousseau assez considĂ©rable pour satisfaire tes goĂ»ts d’élĂ©gance[44]. Tu auras la bontĂ© de te contenter de changer comme les autres deux fois par semaine. Quand tu auras perdu ta coquetterie, je te laisserai faire comme tu voudras. Mais maintenant tu en abuserais, et tu deviendrais dix fois plus absurde que tu n’es, en fait de toilette, ce qui ne serait pas peu dire. LĂ -dessus, j’ai bien l’honneur de te saluer. Si tu ne sors pas dimanche, j’irai te voir ; mais j’espĂšre bien que tu ne te mettras pas dans ce cas-lĂ , et que j’aurai le plaisir de t’embrasser Ă  la maison. Bonjour, ma grosse. TĂąche de ne pas te casser la mĂąchoire Ă  force de bĂąiller, de ne pas perdre l’appĂ©tit et le sommeil Ă  force de t’ennuyer. Jusqu’à prĂ©sent ta figure ne me donne pas beaucoup d’inquiĂ©tude. Ton frĂšre t’embrasse, et Pistolet te donne la patte. À la mĂȘme. 13 aoĂ»t 1841. Ma grosse chĂ©rie, ton frĂšre part d’ici le 17 pour t’aller chercher. Il ira te voir le 19. Vous conviendrez de vos faits, vous ferez vos prĂ©paratifs de voyage, et tu partiras de Paris le 21 [au] soir. Vos places sont retenues dans le coupĂ©, ainsi que te l’a dit Mlle de RoziĂšres. Tu aurais su tout cela quelques jours plus tĂŽt, si on avait pu compter sur du calme et de la raison de ta part. Mais, craignant que la joie ne te fĂźt nĂ©gliger tes devoirs, j’ai dĂ©sirĂ© que tu fusses informĂ©e de cette bonne nouvelle au dernier moment. J’espĂšre que tu ne gĂąteras pas ma joie, Ă  moi, par de mauvaises notes sur la fin de ton travail, et que l’annĂ©e prochaine tu ne seras plus assez enfant pour qu’on soit obligĂ© Ă  ces petits mystĂšres. Maintenant j’espĂšre que tu es contente, et que tu viens avec la rĂ©solution de modifier ton caractĂšre avec nous. Nous te chĂ©rissons, ton frĂšre et moi. Mais nous ne nous faisons pas illusion sur certains dĂ©fauts que tu as Ă  corriger et que tu vas certainement t’appliquer Ă  dĂ©truire en toi-mĂȘme l’amour de ta personne, le besoin de dominer les autres, la jalousie folle et niaise. Il faut que nous n’ayons plus Ă  souffrir de tout cela, et que cette fois nous ne disions plus une seule fois Quand retournes-tu Ă  la pension ? » Il faut que ton sĂ©jour dans la famille soit un bonheur complet pour nous comme pour toi, et qu’à l’époque oĂč tu seras forcĂ©e de retourner chez Mme Bascans, nous ayons du regret de nous sĂ©parer de toi. Je t’ai dit bien souvent que j’avais pour toi un amour que rien ne pourrait dĂ©truire quand mĂȘme tu ne le mĂ©riterais pas, parce que cet amour est dans la nature. Mais tu ne dois pas prĂ©tendre seulement Ă  cet amour d’instinct que les fauvettes ont pour leurs petits. Nous ne sommes pas des oiseaux, et nous devons ennoblir les affections du sang par l’estime rĂ©ciproque. Il ne suffit pas que je te consacre mes soins et mes efforts. Il faut que je puisse t’aimer comme ma meilleure amie, et jusqu’ici je ne t’ai aimĂ©e que comme ma fille. Il est vrai que tu n’étais qu’une enfant. Mais tu as un peu prolongĂ©, par ta volontĂ© ou ta nĂ©gligence, cet Ă©tat d’enfance qui commence Ă  devenir ridicule Ă  mesure que tu grandis, et qui deviendrait intolĂ©rable si tu n’en sortais pas, Ă  l’ñge oĂč cette rĂ©volution doit s’accomplir chez tous les ĂȘtres intelligens. Le temps est venu. Il me semble, d’aprĂšs tes lettres, que ta raison et ton instruction ont fait beaucoup de progrĂšs depuis que tu es chez Mme Bascans. Mais je vois encore des puĂ©rilitĂ©s que je m’attache dans mes rĂ©ponses Ă  te faire sentir, afin que tu les abjures sans retour. J’espĂšre qu’ici tu y travailleras sĂ©rieusement, et que, si tu te reposes un peu de tes Ă©tudes, tu entreprendras du moins d’amĂ©liorer ton moral, ce qui est une tĂąche difficile, mais absolument nĂ©cessaire. Tu ne dois pas rougir, mais te fĂ©liciter au contraire de l’entreprendre. Il n’y a que les cƓurs Ă©troits et les esprits vulgaires qui reculent devant ce devoir glorieux et saint. Bonsoir, ma chĂšre fille. RĂ©flĂ©chis bien Ă  cette derniĂšre lettre, et qu’elle se mĂȘle un peu dans tes pensĂ©es Ă  l’idĂ©e si douce de revoir Nohant et tous ceux qui t’aiment. Je ne t’écrirai plus, et je t’embrasserai bientĂŽt. Mais songe qu’il y aura un nuage sur mon bonheur si Mme Bascans m’écrit que tu as manquĂ© de courage et de soumission dans les derniers jours. Tu ne trouveras plus Pauline [Viardot] ici. Elle part le 16, mais elle reviendra cet automne. Je l’espĂšre beaucoup. Tous ceux qui l’ont vue ici un instant l’ont adorĂ©e tout de suite, non seulement pour son talent et son intelligence, mais surtout pour sa bontĂ©, sa simplicitĂ© et son dĂ©vouement aux autres. Si tu lui ressemblais un jour, je serais la plus heureuse des mĂšres. — Bonsoir. Chopin t’embrasse et t’attend pour te gĂąter. Mais je ne le laisserai plus faire. Adieu pour la derniĂšre fois. Maintenant ce sera bonjour. George Sand Ă  sa fille. 18 juillet 1842. Ma chĂšre grosse, je te fĂ©licite des bonnes rĂ©solutions que tu as prises et je t’en remercie ; car le bien que tu te fais Ă  toi-mĂȘme me fait du bien aussi, par l’amour que je te porte et le besoin que j’ai de ton bonheur. Tu comprends toi-mĂȘme que tu agis contre tes intĂ©rĂȘts en te rĂ©voltant. Quand ton cƓur et ta raison seront plus dĂ©veloppĂ©s, tu comprendras que tu as des devoirs envers les autres, aussi bien qu’envers toi-mĂȘme. Et enfin quand tu seras tout Ă  fait sage et tout Ă  fait bonne, tu comprendras ce que tu dois Ă  Dieu. Certainement, si tu continues Ă  ĂȘtre sage, tu viendras Ă  Nohant le plus tĂŽt possible, et le travail que tu y feras ne sera qu’un dĂ©lassement. Voici comment nous passons nos journĂ©es, ton frĂšre et moi, depuis quinze jours qu’il pleut Ă  ne pas mettre le pied dehors. Nous dĂ©jeunons Ă  dix heures, et du dĂ©jeuner jusqu’au dĂźner nous dessinons dans mon cabinet. Ton frĂšre fait de trĂšs jolies aquarelles, avec une suite et une constance que je voudrais bien te voir mettre Ă  quelque chose, fĂ»t-ce Ă  faire du filet. Pendant qu’il dessine, je peins des fleurs et des papillons. Je t’ai fait un panier de fleurs que tu trouveras encadrĂ© dans ta chambre. Le soir, nous nous remettons Ă  l’ouvrage Ă  8 ou 9 heures, lui Ă  copier des gravures, et moi je lui fais de la lecture. Nous avons lu ces jours derniers Louis XIV et Louis XV dans LavallĂ©e, et nous allons commencer la RĂ©volution. Nous verrons si, quand nous serons trois, il n’y aura pas quelqu’un qui dira Maurice, voyons, finis, donne-moi la table. Je veux la chaise. Il me faut la lampe. Tout cela c’est pour moi toute seule, etc. Tu pourrais faire des fleurs aussi bien et mieux que moi. J’espĂšre d’ailleurs qu’il fera un peu plus beau temps et que nous pourrons nous promener
 Bonsoir, ma grosse Nine. Ton frĂšre t’embrasse mille fois, et moi dix mille. Écris-nous toujours et aime-nous bien ; c’est-Ă -dire travaille et conduis-toi de maniĂšre Ă  venir nous rejoindre bientĂŽt. À la mĂȘme. 19 juillet 1842. Ma grosse fille, il faut avoir plus de courage que tu n’en as, et ne pas tant te plaindre. Je suis fort touchĂ©e de toutes les choses tendres et aimables que tu me dis ; mais je vois bien que tu exagĂšres un peu ta maladie, tes larmes et ton ennui. Je pourrais ĂȘtre fort inquiĂšte de toi d’aprĂšs tout ce que tu me mandes, si je n’avais de toi des nouvelles plus exactes et plus vĂ©ridiques. Pourquoi outres-tu la vĂ©ritĂ© ? Est-ce par faiblesse pour toi-mĂȘme ? Est-ce pour m’engager Ă  te faire revenir ici plus vite ? C’est un bien mauvais moyen, et qui ne rĂ©ussirait pas. Ce serait fort mal de jouer avec le chagrin que me causerait l’inquiĂ©tude. J’espĂšre que tu n’es pas Ă©goĂŻste Ă  ce point, et que tu t’es livrĂ©e Ă  tes amplifications habituelles, sans rĂ©flĂ©chir au mal qu’elles pourraient me faire, si je ne savais ce qui en est. Corrige-toi au moins du dĂ©faut que tu as de faire des rĂ©cits ornĂ©s Ă  ta fantaisie. C’est bon en riant, et je vois bien, d’aprĂšs la nĂ©cessitĂ© oĂč tu es de manger de l’herbe, que tu plaisantes en grande partie. Je le veux bien encore. Je rirai avec toi de ton bel esprit. Mais il ne faut pas pousser cela trop loin, et ne pas tellement mĂȘler la farce et le sentiment, qu’en te lisant on ne puisse pas s’y reconnaĂźtre. Sois un peu plus sĂ©rieuse quand tu parles sĂ©rieusement et sois farceuse tant que tu voudras quand il s’agira de rire. Adieu, ma bonne fillette. Ton frĂšre t’envoie une lettre de ce malheureux Pistolet Ă  qui il a tenu la patte, et qui bĂąillait Ă  faire pitiĂ© pendant ce temps-lĂ . La Luce t’écrira, et ton frĂšre aussi. À cette heure-ci tout le monde dort, exceptĂ© moi, qui t’embrasse de toute mon Ăąme et qui te supplie d’ĂȘtre bonne, courageuse, et sincĂšre avant tout. Solange Ă  sa mĂšre. 14 juillet 1841. Ma chĂšre mĂšre, me conseilles-tu de prendre une amie en pension ? J’en ai deux Ă  choisir une qui est bonne quand on est en train de rire et de jouer ; l’autre qui est bonne pour vous faire travailler et vous sermonner. Ou bien me conseilles-tu de garder Luce pour tout Ă  fait, parce qu’il faut que j’aie quelqu’un de mon Ăąge Ă  qui confier mes peines ?
 À la mĂȘme. 1842. 
 Pour une amie, j’en avais trouvĂ© une, CĂ©lina Higonnet, mais je lui ai reconnu tout plein de dĂ©fauts ; alors je l’ai laissĂ©e, et elle aime tout le monde
 Je crois que je n’ai pas besoin d’une amie. Quand j’aurai quelque chose, je te le dirai. Car je ne vois pas Ă  quoi peut servir une amie, quand on a une mĂšre, si ce n’est pour jouer et plaisanter. Eh bien, si je veux une petite compagne, j’aurai ma Luce, et ce sera bien assez. Ensuite pour m’amuser j’ai Augustine, LĂ©ontine et Marie d’Oribeau[45], qui m’aiment toutes et que j’aime aussi
 George Sand Ă  sa fille 1842. 
Pauline [Viardot] est arrivĂ©e hier avec son mari
 Tu penses quelle joie ç’a Ă©tĂ© pour moi de revoir ces bons amis, et surtout cette admirable Pauline, si bonne, si intelligente, si grande et si aimable en toutes choses. Je te ferai remarquer Ă  ce sujet que je l’aime tendrement quoique je n’aie pas le moindre besoin d’une amie. À mon Ăąge, on n’a plus besoin d’épanchement, et on a dĂ©jĂ  formĂ© assez de relations et assez d’amitiĂ©s Ă©prouvĂ©es pour ne pas songer Ă  en former d’autres. Cependant, dĂšs que j’ai vu Pauline pour la premiĂšre fois, j’ai senti qu’il m’était impossible de ne pas l’aimer, parce que le cƓur s’attache nĂ©cessairement Ă  ce qui est noble et grand. Ainsi, quand tu dis quand on a une mĂšre on n’a pas besoin d’amie, certes, tu dis une chose fort aimable et fort douce pour moi ; et tu as raison, en ce sens qu’aucune des amitiĂ©s que tu peux contracter ne pourra jamais se comparer Ă  celle que tu trouves en moi. Mais tu te trompes, en croyant que tu ne dois d’affection Ă  aucune autre personne qu’à celle qui te prĂ©fĂšre Ă  toutes les autres. Il n’en doit pas ĂȘtre ainsi, et, si je t’ai parlĂ© seulement dans ma rĂ©ponse Ă  tes questions sur l’amitiĂ© des besoins que ton cƓur pouvait avoir[46], je n’ai pas exprimĂ© ma pensĂ©e sur l’amitiĂ© d’une maniĂšre complĂšte. Le cƓur n’a pas seulement des besoins, il a des devoirs et nos affections ne sont pas autre chose que des devoirs remplis avec bonheur. Ainsi nous aimons nos parens ; et, mĂȘme lorsqu’ils ont de grands dĂ©fauts nous leur pardonnons plus qu’aux autres, parce qu’ils sont nos amis d’enfance ; parce que, s’ils sont plus ĂągĂ©s, ils nous ont donnĂ© des soins ; parce que, s’ils sont plus jeunes, ils ont besoin des nĂŽtres ; parce que, s’ils sont de notre Ăąge, ils ont nĂ©cessairement vĂ©cu en Ă©change de services et d’obligeance avec nous. Tous nos amis d’enfance sont dans le mĂȘme cas. Nous devons ĂȘtre plus indulgens pour eux que s’il s’agissait de les choisir en Ăąge de raison. VoilĂ  donc deux espĂšces d’amis pour qui l’affection, ou, tout au moins, la bontĂ© et la tolĂ©rance sont des devoirs les parens et les anciens amis. Il y en a une troisiĂšme espĂšce, et c’est celle sur laquelle tu me consultes. Ce sont les amis qu’on se choisit. Je trouve fort louable que tu veuilles y mettre du discernement et de la rĂ©flexion. Mais je te dirai que lorsqu’on rencontre une personne pleine de qualitĂ©s, et vers laquelle on se sent portĂ© de cƓur, on doit cĂ©der Ă  cette amitiĂ©. Par la mĂȘme raison qu’on aime le vrai, le bon, le juste, le sage Ă  l’état d’idĂ©es et de sentimens, on doit aimer les ĂȘtres qui possĂšdent ces grands dons du ciel. Si tu te pĂ©nĂštres bien toi-mĂȘme de ces qualitĂ©s, tu verras que tu inspireras de grandes amitiĂ©s et que tu en ressentiras toi-mĂȘme. Ne cherche donc pas une amie dans tes compagnes, comme on cherche dans une boutique de cordonnier la chaussure qui ne blesse pas. Mais quand tu la rencontreras, et qu’elle t’inspirera une grande estime, mets-toi bien dans l’esprit que c’est Dieu qui t’envoie un devoir et un bonheur de plus dans ta vie. Solange Ă  sa mĂšre. 23 mai 1843. Puisque tu ne m’écris pas, ma chĂ©rie, je commence la premiĂšre. Es-tu arrivĂ©e Ă  Nohant ? N’es-tu pas trop fatiguĂ©e ? Te portes-tu bien ? Es-tu contente ? Moi, je m’ennuie joliment. Cependant, j’ai Ă©tĂ© mignonne depuis ton dĂ©part ; je veux dire que je n’ai pas pleurĂ© depuis lundi ; car, pour le travail, ce n’est pas fameux. Du reste, je n’ai pas grand mĂ©rite Ă  ne pas pleurer. Quand je ne fais pas des devoirs, je me plonge dans Mauprat pour penser Ă  autre chose qu’à toi et Ă  Maurice. Mauprat est bien joli. C’est intĂ©ressant Ă  mort. J’en suis au moment oĂč Bernard est en AmĂ©rique avec Lafayette et son ami Arthur. Je voudrais savoir si EdmĂ©e finit par l’épouser, et s’il change son vilain caractĂšre. EdmĂ©e est encore la plus belle de tes hĂ©roĂŻnes. Je voudrais dĂ©jĂ  ĂȘtre arrivĂ©e au mois de septembre pour ĂȘtre avec toi, pour biger Maurice, la Luce. Je veux ĂȘtre mignonne la semaine prochaine. Celle-ci finira comme elle a commencĂ©. C’est impossible autrement
 À la mĂȘme 4 jours aprĂšs. J’ai fini Mauprat. J’en suis enchantĂ©e. C’est le plus beau roman qui ait jamais Ă©tĂ© fait. C’est plus joli que Valentine, que Consuelo, que Richard en Palestine que tout. La fin surtout, depuis le retour d’AmĂ©rique, et surtout depuis l’assassinat d’EdmĂ©e, est superbe. Edmonde est la plus belle de toutes tes filles. Moi, je suis la plus mal faite. C’est comme elle et non comme Consuelo que je voudrais ĂȘtre. Le preneur de taupes, l’homme Ă  monosyllabes, est trĂšs beau aussi. J’ai presque pleurĂ© en lisant son retour d’AmĂ©rique. L’abbĂ© Aubert se conduit trĂšs bien pendant le procĂšs ; cela m’a rĂ©conciliĂ©e avec lui. Patience est grand. Enfin ce procĂšs m’a transportĂ©e. J’étais dans mon centre en lisant tout cela
 Suivent quatre lignes sur un autre sujet ; toute la fin de la lettre est dĂ©chirĂ©e. Il est probable que cette fin gĂątait le charmant dĂ©but. Car la mĂšre, d’ordinaire si sensible au moindre Ă©lan de sa fille vers elle, rĂ©pond en bloc Ă  cette lettre et Ă  la prĂ©cĂ©dente sur un ton de mercuriale RĂ©ponse. Ma chĂšre grosse, je n’ai pas Ă©crit plus tĂŽt, par la mĂȘme raison que tu n’étais pas disposĂ©e Ă  ĂȘtre sage. Comme tu as pris soin de me l’annoncer, j’ai traduit cette dĂ©claration dans ses vĂ©ritables termes Je ne suis pas disposĂ©e Ă  t’aimer. Je suis rĂ©solue Ă  te dĂ©sobĂ©ir et Ă  te dĂ©plaire jusqu’à la semaine prochaine. » J’ai donc pensĂ© que dans cette disposition une lettre de moi ne te ferait aucun plaisir, et je ne me suis pas pressĂ©e de te l’envoyer. Ton frĂšre et son oncle Chatiron sont toujours Ă  Guillery chez M. Dudevant ; Françoise la domestique ne veut pas se marier sans vous. Elle me charge donc de t’écrire qu’elle t’attendra parce qu’elle te l’a promis. Reste Ă  savoir si tu lui sauras le moindre grĂ© de tant de dĂ©vouement et de bontĂ© d’ñme, et si, pour la remercier, tu ne lui feras pas la moue le jour de ses noces. Tu en serais assez capable, Ă  moins que d’ici Ă  trois mois cette raison et cette bontĂ© que j’attends depuis si longtemps chez toi ne se soient enfin Ă©veillĂ©es. Peut-ĂȘtre seras-tu devenue une virtuelle EdmĂ©e. Jusqu’ici tu n’es encore que l’Edmunda sylvestris, c’est-Ă -dire une fleur sauvage, une plante Ă©pineuse de la forĂȘt. Je te rĂ©ponds dans ton style, qui n’est pas mal quintessenciĂ©. Tu commences Ă  trĂšs bien Ă©crire, mais pas assez naturellement, ce qui serait la premiĂšre de toutes les qualitĂ©s du style. Je te dirai d’oĂč cela vient c’est parce que ton cƓur n’est pas encore au niveau de ton esprit. Si tu aimais bien tendrement, tu te rĂ©veillerais un beau matin intelligente, laborieuse, et instruite sans le moindre effort. Car tu as sous la main tous les moyens de savoir, et tu n’as qu’à vouloir te baisser pour en prendre. Ce serait aussi le moyen d’ĂȘtre heureuse car ce serait celui de n’ĂȘtre plus sĂ©parĂ©e de ceux qui t’aiment. Je m’étonne qu’une personne qui Ă©crit si bien n’ait pas encore assez d’esprit pour vouloir comprendre une chose si simple
 Adieu encore, porte-toi bien, et tĂąche de m’aimer tous les jours, et toutes les semaines ; Chopin t’embrasse peut-ĂȘtre, et moi bien sĂ»r, si tu es bonne. Entends-tu ? bonne avant tout bonne toujours, et avec tout le monde, et en toute occasion. Solange Ă  sa mĂšre rĂ©ponse, fragment. Tu me fais des reproches, chĂ©rie, que je n’ai pas mĂ©ritĂ©s. Tu me dis que j’ai le style maniĂ©rĂ©. Si cela est, ce qui est bien possible, ce n’est pas avec intention. Tout le monde n’a pas ton style. Ainsi ne me reproche pas que le mien ne soit pas naturel, c’est peut-ĂȘtre parce qu’il l’est trop qu’il paraĂźt ne pas l’ĂȘtre. Tu dis presque que je ne t’aime pas. Mais depuis que je t’ai vue Ă©crire tranquillement une lettre Ă  Mme Perdiguier pour la faire pleurer, j’ai pensĂ© que tu en avais fait autant pour moi. Et puis, pour me faire plus de peine, tu me dis que tu donnes des leçons Ă  la Luce pendant que moi je suis Ă  Paris. Tu n’es pas mignonne quand tu me grondes. George Sand Ă  sa fille. 18 juillet 1843. Ma chĂšre grosse, je vais mieux et je suis contente de toi puisque tu te conduis bien. Je voudrais seulement que tu n’eusses qu’une parole et qu’un langage. Mais tu en as deux. Tu Ă©cris Ă  ton frĂšre qu’il n’y aura pas d’examens, et Ă  moi qu’il y en aura. Si bien que je ne sais pas Ă  quelle Ă©poque il faut t’envoyer chercher. Le plus sĂ»r est que je m’adresse Ă  M. Bascans pour me fixer Ă  cet Ă©gard, et c’est ce que je veux faire. Delacroix est ici et te prĂ©sente ses plus profonds hommages, ses plus humbles respects, ses gĂ©nuflexions les plus idolĂątriques ; enfin il se roule dans la poussiĂšre que ton pied sublime soulĂšve sur la terre indigne de porter un ĂȘtre aussi pyramidal que toi. Chopin prĂ©tend que les supports de cet ĂȘtre admirable sont des tilleuls. Mais c’est une calomnie, et nous savons tous que ce sont des futailles. Cependant Delacroix n’est pas de cet avis il prĂ©tend que ce sont des cĂšdres du Liban. — Bonjour, ma grosse chĂ©rie. Nous attendons avec impatience que tu puisses nous arriver. On t’attend pourtant, et le temps lui-mĂȘme ne se permet pas d’ĂȘtre beau sans que tu sois Ă  mĂȘme d’en jouir. Je t’embrasse mille fois. Sois sage et bonne. Ta vieille. RĂ©ponse 
 Si Chopin se moque des tilleuls, c’est qu’il les envie. Il a beau dire, il voudrait avoir mes joues et mes jambes pour se bien porter. Mais elles sont de la couleur des raisins de la fable. Deux mois aprĂšs. En vacances. Billet glissĂ© sous la porte, 13 septembre 1843 la date est Ă©crite de la main de Solange Solange est fort aimable et fort gentille de s’enfermer Ă  double tour et de ne pas venir seulement dire bonsoir Ă  sa mĂšre. Bout de papier, laissĂ© sur la table de nuit de Solange par sa mĂšre, aprĂšs sa sĂ©ance ordinaire de travail nocturne Bonsoir, ma grosse. Je t’ai embrassĂ©e bien fort, mais tu dors encore plus fort. Sois mignonne. Ici s’arrĂȘte le dialogue, au moment le plus intĂ©ressant. Mais il nous a dĂ©jĂ  appris beaucoup de choses, et nous pouvons en deviner bien d’autres. Si jamais mĂšre prit au sĂ©rieux ses devoirs d’éducatrice, certes ce fut George Sand. Mais celle-ci, dĂ©sireuse par-dessus tout d’une rĂ©forme morale chez sa fille, combat sa personnalitĂ© » avec force, hauteur, Ă©loquence, ce qui la rend d’ailleurs un peu moins sensible aux progrĂšs de cet esprit souple, vif, brillant et dĂ©jĂ  acĂ©rĂ©. La jeune fille, qui sent sa valeur, et qui alimente sa sĂšve Ă  la lecture sinon dangereuse, en tout cas prĂ©maturĂ©e des livres de sa mĂšre, trouve qu’on est injuste envers elle, discute dĂ©jĂ  et riposte, non sans esprit. Chacune fournit Ă  l’autre ce que celle-ci ne lui demande pas. La mĂ©sintelligence est dĂ©jĂ  grave ; ce sont dĂ©sormais deux femmes, » si jeune que soit Solange, deux femmes qui, se voulant mutuellement autres qu’elles ne sont, ne pourront que se faire souffrir en dĂ©veloppant des caractĂšres rivaux. Dans quelles circonstances Solange quitta-t-elle l’institution Bascans, nous l’ignorons. Un billet de 1844 nous apprend seulement que George Sand prit alors un M. Chaigne, qui partagea quelque temps avec M. Bascans les fonctions de prĂ©cepteur de Solange. Durant l’étĂ© de 1844, Solange Ă©tait rendue Ă  la vie de famille. Elle n’avait pas seize ans. Environ deux annĂ©es se passent, durant lesquelles Solange, plus heureuse sans doute qu’elle ne croyait l’ĂȘtre, n’a pas d’histoire. En septembre 1846, elle a un malaise de langueur. Elle souffre alors des pĂąles couleurs, » Ă  la suite d’une imprudence bien gratuite de sa part, et sa mĂšre, assez inquiĂšte, la traite avec une extrĂȘme sollicitude. Solange paraĂźt traverser une sorte de crise. Le mal de l’ennui rongerait-il l’Edmunda Sylvestris Ă  Nohant, non moins qu’il la rongeait Ă  la pension ? La belle amazone qui passe sa vie Ă  cheval, » espĂšre-t-elle le prince Charmant, et trouve-t-elle qu’il la fait attendre ? Mais elle a failli attendre seulement. Fin septembre 1846, Ă  peine est-elle pleinement remise, que l’amoureux de fĂ©erie a paru ; Ă  moins que ce ne soit son apparition mĂȘme qui l’ait subitement guĂ©rie. Il s’appelle Fernand de PrĂ©aulx, gentilhomme berrichon ; il a vingt-quatre ans ; il n’est pas riche mais il est beau et bon ; que faut-il de plus[47] ? » Il fait sa demande, il est agréé. On l’a retenu Ă  Nohant pour le mieux connaĂźtre. Solange s’éprend. Ma fille est fort Ă©prise de son grand et beau cavalier. Lui est esclave et ne respire que par elle. » À Poncy, 7 janvier 1847. Il semble qu’on n’ait plus qu’à prĂ©parer la noce. Subitement, tout est rompu au dĂ©but d’avril J’ai du chagrin moi-mĂȘme, beaucoup de chagrin. Solange n’a pas voulu Ă©pouser l’homme qui l’aimait. Elle a Ă©tĂ© inconsĂ©quente, et un peu dure
 » Au mĂȘme. Évidemment, s’il devait y avoir rupture, il valait mieux, suivant la rĂ©flexion philosophique de Chopin Ă  sa famille, que cela arrivĂąt avant le mariage qu’aprĂšs[48]. » Mais ce n’était pas d’un bon augure pour l’avenir, et faisait prĂ©voir d’autres coups de tĂȘte. Que s’était-il donc passĂ© ? Dans l’intervalle, un nouveau personnage a surgi Ă  l’horizon de Nohant le sculpteur ClĂ©singer. Rien ne pourra dĂ©sormais empĂȘcher que la malheureuse destinĂ©e de Solange ne s’accomplisse. Samuel Rocheblave. ↑ Bornons-nous Ă  rappeler ici les principales Henri Amic, George Sand ; mes souvenirs Calmann-LĂ©vy, 1893 ; — ArvĂšde Barine, Alfred de Musset Hachette, 1893 ; — Ed. Grenier, Souvenirs littĂ©raires Lemerre, 1894 ; — Spoelberch de Lovenjoul, les Lundis d’un chercheur Calmann-LĂ©vy, 1894 ; du mĂȘme, la VĂ©ritable histoire de Elle et Lui » Calmann-LĂ©vy, 1897 ; — P. MariĂ©ton, Une histoire d’amour Ollendorff, 1897 ; — Lettres de George Sand Ă  Alfred de Musset et Ă  Sainte-Beuve, avec Introduction de S. Rocheblave Calmann-LĂ©vy, 1897 ; — Edm. Plauchut, Autour de Nohant Calmann-LĂ©vy, 1899 ; — Charles Maurras, les Amans de Venise Fontemoing, 1902 ; — Correspondance de George Sand et d’Alfred de Musset, publiĂ©e d’aprĂšs les documens originaux, par FĂ©lix Decori Bruxelles, juin 1904 ; — Correspondance entre George Sand et Flaubert Calmann-LĂ©vy, 1904 ; George Sand, Souvenirs et idĂ©es Calmann-LĂ©vy, 1904. — Nous mettons Ă  part l’ouvrage capital de Wladimir KarĂ©nine Mme Komaroff, George Sand, sa vie et ses Ɠuvres, si remarquablement documentĂ© et puisĂ© aux sources. Deux volumes in-8° ont paru chez Ollendorff 1899 et vont jusqu’à l’annĂ©e 1833. La suite doit paraĂźtre prochainement. ↑ Revue encyclopĂ©dique, 1893, lettres Ă  la famille Saint-Aignan. ↑ George Sand avant George Sand, par S. Rocheblave Revue de Paris, 15 mars 1896. ↑ La fille de George Sand, par George d’Heylli, Paris, 1900, plaquette. — Article d’Henri Fouquier, paru dans la LibertĂ© du 7 novembre 1899. ↑ Calmann-LĂ©vy, 1883-1884. ↑ La correspondance de George Sand avec sa fille ou du moins ce qu’il en reste, comprend 241 lettres ou billets ; — celle de Solange avec sa mĂšre, 362 lettres ou billets. ↑ Voyez Histoire de ma vie, IV, 48 ; — Vladimir KarĂ©nine, I. 296 ; voyez aussi Revue de Paris, article citĂ©, 15 mars 1896. ↑ À Boucoiran, 13 janv. 1831. Corr., 1, 145. ↑ C’était un jardin en miniature. Une lettre inĂ©dite de mai 1832 signale douze pots de fleurs oĂč croissaient roses, lilas, jasmins, giroflĂ©es, oranger, gĂ©ranium, rĂ©sĂ©da, et mĂȘme un cassis tout couvert de fruits verts. ↑ Ces lacunes sont significatives. Elles s’étendent du 5 juillet au 21 novembre 1833, du 20 dĂ©cembre 1833 au 16 mars 1834, et d’octobre 1834 au 17 avril 1835 elles marquent les divers Ă©pisodes de l’histoire Sand-Musset. Voyez ArvĂšde Barine, Alfred de Musset, chapitre sur George Sand, et l’ouvrage dĂ©jĂ  signalĂ© de Wladimir KarĂ©nine, George Sand, sa vie et ses Ɠuvres, t. II, les deux premiers chapitres. ↑ Ce travail forcenĂ© s’explique par les dĂ©penses excessives de ce voyage, qui fut pour George Sand une ruineuse folie. ↑ 25 janvier 1834 Archives de Nohant. ↑ Fragment inĂ©dit de la lettre imprimĂ©e sous la date du 31 aoĂ»t 1834. ↑ Idem, 10 septembre 1834. ↑ 14 janvier 1835. — InĂ©dite, communiquĂ©e par Mme Maurice Sand. ↑ Mai 1836. — InĂ©dite, communiquĂ©e par Mme Maurice Sand. ↑ Fragmens de deux lettres inĂ©dites, communiquĂ©es par Mme Maurice Sand. ↑ Voyez Revue de Paris du 15 dĂ©cembre 1894, Une amitiĂ© romanesque. George Sand et Madame d’Agoult, par S. Rocheblave. ↑ Voyez Histoire de ma vie, IV, 309. ↑ . InĂ©dite. CommuniquĂ©e par Mme Maurice Sand. ↑ Pour les deux annĂ©es 1836-1837 il a Ă©tĂ© conservĂ© 27 lettres ou billets de Solange et seulement cinq de sa mĂšre. ↑ Sauf indication contraire, toutes les lettres qui suivent sont inĂ©dites. ↑ L’ordre de George Sand, entre le premier et le second jugement, Ă©tait formel Ă  ce sujet. Solange ne devait ĂȘtre confiĂ©e qu’à des personnes de la famille. Lettre de Mlle Martin Ă  ce sujet. Mme de Rochemur d’abord duchesse de Caylus habitait, au quai Malaquais, la maison oĂč George Sand avait eu son pied-Ă -terre. Histoire de ma vie, IV, 404. ↑ Adresse Mademoiselle Solange Dudevant, avenue Lord Byron, 9, quartier Beaujon, Paris. ↑ Au dos Ă  Solange », de la main de G. Sand. — VoilĂ  une lettre de ta mĂšre pour toi. De la part de ton petit frĂšre, M. Dudevant. » ↑ Corresp. I, lettre du 18 aoĂ»t 1836. ↑ Nous espĂ©rons bien un jour en faire une bonne Ă©lĂšve ; malheureusement elle est un peu paresseuse. » Lettre de Mlle Martin. ↑ Vieil ami de George Sand. Voyez le 1er vol. de la Correspondance. ↑ Surnom donnĂ© Ă  Solange, qui aimait Ă  se dire fille d’un baron Dudevant. Il lui resta longtemps. Ses intimes appelaient encore Mme ClĂ©singer le Baron. » ↑ Voyez Corresp., t. II, p. 59, 89, et Hist. de ma vie, IV, 408. ↑ Ce portrait fut reproduit par l’Artiste, annĂ©e 1839. La toile Ă©tait d’abord rectangulaire. Solange fit Ă  tort croyons-nous rogner les angles et annulĂ© la rature ovale. Il appartient aujourd’hui Ă  Mme Lauth-Sand, Le portrait projetĂ© de Solange par Calamatta ne semble pas avoir Ă©tĂ© suivi d’exĂ©cution. ↑ Ces deux portraits occupent une place d’honneur dans le salon de Nohant. Maurice est de face ; Solange de profil Ă  droite. La ligne du profil jusqu’au nez est presque droite et trĂšs pure ; la lĂšvre supĂ©rieure lĂ©gĂšrement en retrait ; l’Ɠil intelligent et froid. Pas de sourcils. Aspect gĂ©nĂ©ral du visage, volontaire et mutin. ↑ Voyez Hist. de ma vie, IV, 406-407, et 435-445. ↑ Il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir la correspondance Ă©changĂ©e entre la famille de Chopin et George Sand elle-mĂȘme, dans l’ouvrage de Carlowicz sur Chopin, dont il sera parlĂ© plus loin. ↑ Corr. t. II, lettre du 4 sept. 1840. ↑ Hist. de ma vie, IV, 457. — Voyez aussi La fille de George Sand, p. 23. ↑ La fille de George Sand, p. 20-22. ↑ Nous avons, dans nos papiers, des lettres d’elle qui sont parfaites de tact et de dignitĂ©. ↑ La fille de George Sand, p. 33-36, etc. ↑ La fille de George Sand, p. 51-52. Cette lettre, non datĂ©e, se place forcĂ©ment entre les annĂ©es 1842 et 1844. ↑ La fille de George Sand, p. 89-92. ↑ Ces fleurs roses et violettes, que nous avons retrouvĂ©es dans la lettre de George Sand Ă  sa fille, sont peintes Ă  gouache, de la façon la plus dĂ©licate et la plus finie. Ce sont des bouquets de ce genre qu’elle peignait sur des boĂźtes de Spa, en 1831, lorsque sa littĂ©rature ne rapportait » pas encore, et qu’elle ne rĂ©ussissait guĂšre Ă  vivre des 3 000 francs de pension que son mari lui allouait. ↑ Le ton de rudesse affectĂ©e de cette lettre s’explique par la crainte de paraĂźtre trop sensible Ă  certaines plaintes ; Solange en eĂ»t abusĂ©. ↑ Rien ne coĂ»tait Ă  George Sand pour l’éducation de sa fille. Elle ne mĂ©nageait rien non plus pour les chiffons, » dont elle parle Ă  l’occasion avec agrĂ©ment. Mais Solange Ă©tait coquette et exigeante sur cet article. ↑ Augustine Brault, fille adoptive de George Sand, depuis Mme de Bertholdi ; — LĂ©ontine ChĂątiron, fille d’Hippolyte demi-frĂšre de George Sand, depuis Mme Simonnet ; — Marie d’Oribeau, fille d’une excellente amie de George Sand chez qui Solange sortait » constamment Ă  cette date. ↑ Cette lettre n’a pas Ă©tĂ© conservĂ©e. ↑ Lettre de George Sand Ă  Poncy, du 21 septembre 1846 inĂ©dite. La correspondance de George Sand avec Poncy, qui embrasse trente-quatre annĂ©es, d’avril 1842 Ă  avril 1876, offre une des plus riches sources pour l’histoire intime de George Sand, de sa famille, de ses idĂ©es et de ses Ɠuvres. Elle est inĂ©dite en trĂšs grande partie. 39 lettres seulement sur 226, ont paru dans la Correspondance imprimĂ©e. Nous ferons Ă  ces documens autographes, qui sont en notre possession, les emprunts nĂ©cessaires pour combler certaines lacunes. ↑ Voyez l’ouvrage de Carlowicz, Souvenirs de Chopin, etc. titre en polonais, p. 32. — Varsovie, 1904.
LDAtD3.
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